NDLR : Remake du papier portant le même titre paru sur mes anciens blogs défunts ou en voie de l'être.

 les-halles-frontonEn février 2011, aux halles j'ai rencontré Marie, une responsable du Centre Ubuntu (clic) association à but non lucratif selon la loi 1901 dont le secrétariat est basé à Niort ,département des Deux-Sèvres, mais dont le réseau s’étend bien au-delà, au Rwanda bien sûr, mais aussi en Belgique et en Grande-Bretagne notamment. A l'époque j'avais publié un article, mais le blog où il est paru est à l'agonie, alors je le transpose ici sans y changer grand chose excepté le présent début.

2011-02-21_085523Le Centre Ubuntu (clic) œuvre avec les femmes du collectif ABIHUJE, afin de les soutenir dans le développement d’un groupe d’auto-entraide. Ces femmes habitent Bwira, une zone rurale dans l’ouest du Rwanda (mairie de Ngororero). Par la mise sur pied d’un réseau d’échange de savoirs, savoir-être et savoir-faire, il vise la capacité pour ces femmes de garantir à leurs familles et enfants l’accès aux besoins de base. Le réseau d’échange s’effectue dans la perspective du partage et de l’enrichissement mutuel, pour que chacun puisse contribuer selon ses propres possibilités.
Concrètement, ici, pour trouver le nerf de la guerre que sont les moyens de l'aide matérielle, l'association vends des objets artisanaux fabriqués là-bas. Je vous invite à vous laisser séduire... et pour cela visiter leur site (clic). Ils envoient aussi là-bas des colis pour aider les populations qui manquent même de l'essentiel... En particulier des fournitures scolaires pour les enfants qui ont besoin, là-bas comme ici, d'aller à l'école pour construire l'avenir d'un pays qu'un passé récent a tant déstabilisé et déchiré.
Marie, qui est ruandaise, raconte son histoire sur le CD qu'on peut se procurer sur le site (clic) m'a dit :
« - Là bas y'a des petits enfants qui vont à l'école sans crayon, sans cahier, sans cartable, sans le minimum pour travailler. Ils n'ont pas les moyens »...
J'ai pas pleuré parce qu'il y a belle lurette que je planque mes larmes. Je préfère gueuler. Parce que si je pleure vous me tapez dessus, si je gueule, vous commencez à réaliser que je pourrais bien vous en mettre une si vous tapez trop fort. Alors, le dressage rétroactif aidant, j'ai pas pleuré. Mais mon sang n'a fait qu'un tour.
J'ai lancé :

« - J'en ai des crayons, des stylos, des règles d'occase, ça vous branche ? »

« - Bien sur » qu'elle me fait...

Mais comme je voulais pas la blouzer sur la provenance, je lui ai expliqué. Je lui ai dit « Canal Décharge »  et tout ce que je récupère, je lui ai dit que ce que je lui proposais ça venait de là, de ce que vous appelez des « poubelles » : votre gaspillage.

Marie est venue chez nous. Je lui ai montré. On lui a déballé notre matos. L'émotion était visible, palpable. Il es t vrai que je ne déballais que des stylos entiers, des crayons entiers, des règles neuves certaines dans leur emballage ! Et puis j'ai dit :

« - J'ai autre chose, je voulais vous le montrer mais j'ai pas mis dans le colis parce que ben je veux pas me foutre de la gueule des petits »

Des équerres et règles abîmées (très) et quelques autres bricoles du genre...

C'est fébrilement qu'elle s'en saisissait. « - Je prends, les petits seront contents »

Même ça elle était heureuse et émue. Et la dame qui l'accompagnait itou. Je vous rappelle qu'elle est ruandaise Marie. Je vous rappelle qu'elle a vécu là-bas. Je vous rappelle qu'elle connait les conditions sociales et est à même de se mettre dans la peau des gens là-bas et de ce qu'ils peuvent accepter et elle à d'ailleurs insisté en disant que ça ferait leur bonheur.

Elle a bien insisté là-dessus.

« BONHEUR », le mot est lâché. Ce mot que vous avez galvaudé. Ce mot dont vous avez perdu le sel et la saveur.

Bonheur de recevoir ce dont vous ne vouliez plus par pur snobisme. Par pur suffisance.

Parce que tout cela je l'ai récupéré sur votre dos. Sur votre gaspillage.

 

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Alors ? Alors je continuerai. Et tout en grattant sur votre dos, je continuerai de vous mépriser, vous les imbéciles dégueulasses de tout poil perpétuellement dénoncés ici. Car il serait tout de même préférable que vous donniez vous mêmes. Au moins cela montrerait-il que vous avez un cœur. Que vous êtes autre chose que du bétail juste bon à enfourner par un bout et déjecter par l'autre (pour rester poli). Je n'en saurai rien mais cela n'a pas d'importance. Si vous cessez de gaspiller, je le verrai tout de suite. Ce que vous faites de votre non gaspillage ensuite, c'est un problème entre vous et votre âme, votre conscience. Je suis heureux ce soir. Heureux d'avoir contribué par mes engagements à participer à une chaine de fraternité dont sortira peut-être un jour un homme providentiel pour l'humanité. Parce qu'il aura pu aller à l'école.  Mais je suis malheureux parce qu'il a fallu arracher cela à votre mépris ; à votre gaspillage, sous la pluie, dans le froid, à n'importe quelle heure même de la nuit. Et le nettoyer, le désinfecter, pour que ce soit présentable. Des heures de boulot. Alors qu'il aurait été si simple pour vous de dépenser moins et partager les économies que vous auriez faites avec ceux qui manquent.   

Dans votre consumérisme triomphant, ceux qui manquent, vous les méprisez, et geignez de manquer tout en jetant le principal quand d'autres manquent de l'essentiel . Ca ne durera qu'un temps : l'heure de vérité s'approche plus vite que vous ne pensez. 

Il faut si peu de choses pour faire le bonheur d'un petit enfant et assurer son avenir.
Vous pourriez
TANT avec une once de générosité, un peu de coeur...
Dans toute les poitrines bat un coeur semblable qui charrie un sang rouge
comme le vôtre
En gaspillant vous saignez la Terre, vous blessez des coeurs
en tendant la main vous soutenez des coeurs

 

 

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