ordure_CPNTIl y a les ordures traditionnelles des acteurs de la ruralité profonde qu'on retrouve déclinées à l'infini en dépit de quelques suggestions velléitaires des fédérations de chasse. J'ai déconné en disant que c'est avec l'arrivée des sacs d'engrais plastiques que j'ai pris conscience des déchets dans la nature quand j'ai été interrogé par la Nouvelle République. En réalité c'est avec les cartouches vides. Ais-je oublié d'en parler ? Ont-ils censuré le propos pour ne pas froisser leur lectorat de guerriers du dimanche ? Je ne saurais le dire. Toujours est-il qu'en voyant cette énième cartouche ; tout un pan de ma vie est remonté à la surface.
J'étais tout minot et j'ai entrepris de ramasser les cartouches vides dans les champs et les collectionner. Je les classais par couleur, par catégorie, par matériaux, et dès que j'ai su reconnaître les chiffres, par calibre. Mes premiers ramassages se faisaient dans le pourtour immédiat du village, à moitié debout, à moitié à quatre pattes, j'avais 3 ans et déjà ça m'interpellait, déjà je me demandais pourquoi ils laissaient leurs cartouches à traîner alors que c'était si simple de faire comme mon grand-père, les remettre dans la cartouchière. Il est vrai que lui utilisait un juxtaposé sans éjecteur automatique. Mais justement, je m'interrogeais sur l'utilité d'un éjecteur ! Ça m'a longtemps poursuivi puisque dès l'âge de 5 piges pas plus, je me suis essayé à décrocher l'arme et glisser deux cartouches vides dedans pour les ôter ensuite. Devant la facilité de la manoeuvre j'en déduisis que les adultes étaient de grosses feignasses. Ce qui était possible à mes petites mains, l'était aux leurs. C'était donc de la mauvaise volonté. L'arrivée des premiers automatiques ; genre à pompe ; à cinq coups à l'époque, ça a été réduit depuis, me jeta au désespoir. Je pris en grippe aussi les cartouches en plastique dont le métal se décomposait mais pas le corps.
Très vite j'eus l'idée que c'était du gaspillage, ce métal jeté à l'abandon. Que ça ne faisait pas louper grand chose de se baisser pour les ramasser, la raréfaction du gibier étant en pleine extension. Ce qui fit raccrocher mon aïeul d'ailleurs.
Je pensais que rassemblées, ces douilles auraient pu être fondues et le métal réutilisé. J'avais pas dix ans ! On me dit que c'était impossible évidemment. Je n'avais pas douze ans lorsque je trouvais, dans un Science & Vie de mon autre grand père, la même idée étendue aux cartouches de guerre. Ils soulignaient l'ampleur du gaspillage de métal généré conjointement par les conflits et la chasse. Ils mettaient en avant qu'on aurait pu en tirer des milliers de composants d'appareils électriques par exemple. Accessoirement ils avaient notés que le carton des cartouches de chasse était bio-dégradable tandis que le plastique ne l'était pas. A part ça j'avais tord. Et j'ai toujours tord. Leur expliquer quoi que ce soit sur le sujet c'est risquer sa vie ! C'est une pollution traditionnelle et normale et de toute façon ce n'est pas une pollution puisque on a toujours fait comme ça et c'est traditionnel comme la chasse.
Le contester c'est être un bobo donc un con. Voilà tout est dit, de leur part.
Sauf que la chasse, c'est juste tirer sur des animaux élevés pour ça, habitués à l'odeur de l'homme, à sa vue, à son contact plus ou moins immédiat, lâchés souvent la veille. Je l'ai vu faire, j'ai même caressé des perdrix au moment du lâcher y'a trois ou quatre ans, veille d'ouverture...  J'ai même un souvenir plus touchant. J'avais 14 ans et pour la première fois je suis allé seul à une fête de Saint Hubert. Après la messe il devait y avoir un lâcher et une chasse à courre, en attendant je m'amusais à gagner des bouteilles au stand de tir quand je fus pris d'une envie plus ou moins pressante. Je partis à la recherche de WC ou d'un endroit discret en slalomant au milieu des voitures des participants et je tombais sur un camion dont une cage avait été débarquée et qui reposait à coté. Dedans un quasi-marcassin à peine sevré ! Je lui ai fait une petite caresse, c'était jamais qu'un petit cochon après tout, et je me demandais ce qu'il foutait là. Après avoir enfin réussi à caguer mon coup je partis à la recherche d'un déguisé de circonstance. J'en avisais un, en costume vert de cavalier, porteur d'un cor, qui devait sans doute faire partie de la compagnie qui participerait à la célébration et je lui demandais pour le goret. Il me soutint que c'était bien ça qu'on allait relâcher, courser avec la meute et finir quand épuisé et terrorisé ils s'effondrerait ! Je m'attendais moi à ce que ce fusse un bestiau de la taille des énormes cochons dont on faisait du jambon et autres pâtés à la ferme. Ben non ! Juste un marcassin ! J'étais écoeuré. Quelques semaines ou mois plus tard je croisais par hasard une chasse à courre au chevreuil. La noblesse de la bête aux abois qui sautait puissamment les rangées de ceps pour échapper aux chiens me fascina. Mon père m'affirma dans la soirée que c'était aussi un jeune lâché de circonstance. Je le crus sur parole et ça m'a été confirmé depuis. Ma conviction était faite : sport de lâche et cruel. A la décharge de ces derniers : ils ne polluent pas avec des cartouches vides. Mais ils s'entendent bien entre-eux et ont la même propension à traiter de "bobo" tous ceux qui contrarient leurs idées fixes. Comique d'ailleurs leur prise de position puisque la "gauche" protège tout autant ce lobby que la "droite" (ou "l'extrème droite"). Ne croyez d'ailleurs pas que les "verts" échappent à la règle. Une colistière de notre candidat EELV m'a tenu des propos que n'aurait pas désapprouvé le CPNT. C'est même comme ça qu'ils ont perdu ma voix (plus quelques autres "détails" de mauvaise foi).
Mais que voulez-vous qu'ils prennent conscience de leur impact réel sur la biosphère les chasseurs et leurs sympathisants ? Promenons-nous dans les champs...

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Cinq photos prises sur moins de cinquante mètres, à raison d'une photo pour cinquante débris trouvés. Avec la meilleure volonté du monde je n'aurais pu ramasser tout ce que j'ai trouvé sauf suivi par un semi-remorque. J'ai emporté quelques bricoles bien sur, pour me donner bonne conscience, rien de plus. Je suis là sur une portion du chemin du 3° millénaire, à la limite Niort-Campagne, où nous sommes sensés trouver un lieu de détente quand on n'a pas de bagnole pour aller plus loin. Tout le long c'est jonché, je dis bien jonché, de détritus. A cet endroit nous côtoyons des champs agricoles sur lesquels aussi j'ai vu des détritus. J'ai quitté le sentier pour me traîner en zone chassable, et c'était, juste un peu plus clairsemé, le même spectacle. Alors la prise de conscience des cartouches abandonnées, je puis rêver hein ? C'est, accordons-leur, juste un "détail". Hélas.
La Terre est un énorme tas d'ordures maintenant. Quand je ramassais les cartouches par jeu, à quatre pattes, je ne trouvais pas autant de déchets, voire quasi pas du tout. Mais tandis que je m'éveillais seul à l'impact de l'homme sur la nature, vous vous enfonciez dans votre inconscience. J'ai compris pourquoi hier dans la nuit anniversaire ; cette nuit infernale où j'ai rencontré le "diable" entre le 31 mars et le 1° avril 1976 : le 31 j'étais un marcassin tandis que vous étiez porcelets... Cette nuit là je suis devenu sanglier vous êtes restés cochons. La propension à balancer vos rejets n'importe où n'est que l'expression visible de l'état de votre âme et se traduit autrement dans des comportements qui forment un tout, un état intérieur. Les séparer c'est cloisonner les réalités et transposer à une pseudo-écologie les mêmes comportements délétères. L'Ecologie ne consiste pas à manger "bio" (approximatif) tout les jours mais à prendre conscience et soin de la biosphère et donc considérer l'unité de toutes choses, sinon c'est de l'égologie.
Le page s'est fait solitaire et la rupture fut consommée. Quoique à dire vrai, je me demande si je ne portais pas cela en moi depuis plus longtemps encore. Finalement vous êtes normaux et participez de l'immense absurdité du néant dont la seule finalité est l'obsolescence universelle par destruction et désintégration. C'est moi l'anormal qui ai voulu placer une espérance au delà. Je ne suis pas humain et ma place n'est pas ici. Je devrais m'envoler vers la Lumière pour trouver ce à quoi j'aspire tandis que vous jouirez dans votre cloaque jusqu'à ce que cendres s'en suive. La seule finalité que vous envisagez est celle-là. Sinon vous n'auriez pas peur de la fin. Mais cette réalité vous en êtes les opérateurs. Est-il temps de réagir ?

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