suite 026Dans l'héritage des graffitis d'autrefois et des pubs murales peintes directement sur les murs ; et dont j'ai une jolie collection de survivantes ; est né ces dernières décennies le "street art" comme on l'appelle. Ici une photo à Niort au hasard de mes pérégrinations. Ce n'est pas tout jeune à l'échelle de notre société post-industrielle pressée, puisque j'ai quelques photo argentiques d'oeuvres du genre prise à Londres, dans les années 80.

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Tenez, une de celles dont je parlais plus haut, dans la capitale britannique. Je l'ai choisie parce qu'elle illustre bien mon regard : l'art est toujours reflet de la pensée et des préoccupations du moment. L'art mural est né dans les cavernes sacrées des premiers chasseurs cueilleurs où ils projetaient leur communion avec la nature et les esprits des ancêtres. On a Lascaux ou Chauvet ; mais on trouve des glyphes ailleurs dans le monde, un peu partout, parfois très abstraits comme en Australie où les aborigènes consacraient des roches au monde du rêve. On voit l'atmosphère d'une civilisation à son art... Ci-dessus, le mur de la honte n'était pas encore tombé et le monde vivait avec l'idée entretenue que ça allait péter... Toute une jeunesse un peu hors des clous aspirait à la paix... On aime ou pas, il n'en reste pas moins qu'il faut un sacré talent pour ainsi décorer toute une façade... Je trouve d'ailleurs que les thèmes se sont appauvris ces dernières années. J'en veux pour preuve ce que je vois majoritairement dans ma ville : le coup de patte y est, mais c'est souvent violent, agressif, haché. Il y a là-dedans une sorte de désespoir.

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Tenez, je prends ce détail que j'ai photographié à Niort il y a quelques mois. Elle a été remplacée aujourd'hui. L'ensemble dégageait une impression de révolte contre un chaos et ce personnage était le seul à être vraiment campé selon les canons que nous dirons "académiques"... J'ai mis du temps à comprendre tout le sens. Je n'ai pas percuté tout de suite que le collier est l'emblème de la "tribu K". C'est notre moussaillon qui m'a affranchi, il y a quelques années, des méandres de ce mouvement raciste, violent et semeur de chaos. Groupuscule extrémiste noir en France. Fondé par Kémi Séba, à l'origine proche des thèses du mouvement musulman américain "Nation of Islam". Le groupe compterait une centaine de sympathisants. Pendant sa période d'activité, la tribu Ka organise régulièrement des réunions interdites aux Blancs (les « Leucodermes »), aux Juifs (les « Hyksos ») et aux Arabes. La Tribu Ka, dénonce le métissage, prône la séparation raciale à l'échelle mondiale et réclame un dédommagement financier à l'Occident pour l'esclavage. Elle revendique ses liens avec des organisations d'extrême-droite suprémacistes blanches partageant le même projet racial. On peut se demander quel était le message de ou des auteurs ? On peut aussi s'interroger quand on sait que les grandes fresques, chez nous, sont réalisées avec autorisation municipale (de "gauche" à l'époque).

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On ne peut se départir d'un malaise quand on voit certaines créations. Certes on admire la maîtrise du peintre et en même temps on est consterné par le coté haché de la chose et les valeurs que ça véhicule. J'évoque ce sujet parce que je pense que ça va de pair avec la "civilisation des ordures" que je dénonce ici. Ces créations sont la projection de l'âme qui possède notre monde et l'anime. J'en veux pour preuve un Tweet d'un de mes contacts récemment qui m'a transmis une photo prise en Tunisie ; ce qui montre que cette manifestation picturale est mondiale, et que même quand c'est joli, ça côtoie les raclures de nos fonds de tiroirs.

Vous conviendrez qu'elle est réussie la pieuvre, et très jolie. Mais que voit-on à coté ? Une décharge... C'est pas niortais, c'est tunisien... Mais le même phénomène je l'ai vu à Saintes (17) comme à Niort ou la Roche sur Yon et les photos londonniennes étaient aussi aux abords de dépôts sauvages et immondices, juste moins importants ; mais elles ont 30 ans...
On ne perçoit pas cette défaite de l'homme devant sa propre construction. Cette désintégration lente où quelques esprits se débattent et fixent de façon éphémère l'univers dans lequel ils pataugent inconsciemment. Ce monde hurle de douleur sans même s'en rendre compte. Je sais, je devais parler d'autre chose ; évoqué dans mon précédent papier à la fin ; mais les choses vont plus lentement que prévu, et deviennent hautement intéressantes... Alors ça attendra un peu. En abordant ce sujet j'essaie juste de noyer le bourdon qui trotte à mon plafond. Et une fois n'est pas coutume, au lieu de conclure uniquement par un petit gif miniature, je vais vous coller de l'art, le mien, une création que j'ai faite parmi d'autres pour mes copains Indiens (Inde) parce que ce WE c'est l'anniversaire de Ganesh et que je respecte leur vision pour polythéiste qu'elle paraisse ; sachant que pour le Rishi chaque manifestation est juste une personnification de Brahman, une ride sur la surface de l'Âtman, comme l'était le Christ d'ailleurs, dans cette perspective. Projection d'un univers dont le notre n'est qu'une ombre.

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