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Un nouvel an de pacotille vient de passer, s’essuyant les pieds sur les cendres de nos antiques coutumes jetées aux diables verts (de gris ?). Une grosse bique régnerait sur le calendrier de l'année ; à trop bêler elle se retrouvera tondue comme le mouton son cousin. On accusera la crise là où l'inconscience a une grosse part. En tous cas, en son royaume de prédilection, notre contrée de tradition du goût, on continue d'en faire des fromages mais aussi de jeter des tombereaux de bouffe et d'autres choses qui feraient le bonheur de bien des crèvent la faim, et même de moins malheureux. 

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Dans la même ligne de conduite de reniement des traditions, il en est qui fêtent plutôt les antiques dieux païens qu'ils substituent aux saints du calendrier ; d'autres s'attachent aux prénoms exotiques plutôt que latins ; c'est de la même allégorie qu'il s'agit. Mais lorsque on honore un saint, il me semblait que les victuailles ou douceurs étaient consommées au cours du repas ou de la cérémonie. Il y a là un grand mystère que de voir dans une poubelle deux gâteaux d'anniversaire ; il y a deux boites superposées, la seconde plus pleine que la première ; à peine entamés, jetés brutalement, comme ça, sans aucun respect. Ils n'ont pas de famille, pas d'ami(e)s, pas de voisins, pas de participants à la petite sauterie, qui eussent pu en emmener des parts ?? 

C'est pour ça que j'ai le sourire amer lorsque le Sénat prétends lutter contre le gaspillage en supprimant les DLUO. Les gens n'ont pas besoin de DLUO pour jeter puisque j'ai déniché maintes fois des denrées non périmées. Des boites en particulier. J'ai eu vendredi la visite d'un de nos connaissances qui m'a trouvé attablé devant un bon bol de crème montblanc. On lui a montré la boite et sa date de péremption au 28 février de cette année. Le problème est que je l'ai ramassée en août cette boite ; par terre avec d'autres objets qui n'avaient rien à y faire, colline Saint André. Il y en avait plusieurs comme ça, c'est la dernière.Cette soi-disant mesure contre le gaspillage est un recul. Je sais comment nombre d'employés font les tartines dans les linéaires en dépit des dates : on bourre sans ramener le plus vieux par devant. 

C'est ça qui créent les invendus qui sont ensuite soldés quand on les découvre. Enfin, en France on solde, parce qu'en france on a volontairement confondu "dignité" avec "raque mon con" ; tu dois payer pour tout, y compris quand t'as pas un rond. Ailleurs c'est autrement parfois. Et j'y viens : puisqu'il n'y aura plus de date, il n'y aura plus d'invendus. Ca restera jusqu'à ce que ça parte. Les pauvres qui attendent ces soldes pour profiter de choses qu'ils ne pourraient s'offrir sinon ne pourront plus. Les associations qui attendaient qu'une contrainte obligent à leur céder ces invendus seront tout aussi marrons. Et on se retrouvera avec des situations comme du temps de ma jeunesse et avant : avec des produits fichus en rayon. Les livres de classe d'autrefois pullulaient de conseils pour ne pas se faire avoir à ce petit jeu dont les commerçants tiraient allègrement parti. Les cas d'intoxication étaient légion pour ce que beaucoup de gens oubliaient les précautions généreusement dispensées par les écoles de la République ou confessionnelles. Et puis faut dire que ce n'est pas toujours évident. De nos jours avec les « packagings » attractifs, le discernement sera encore plus difficile. Même hermétique et sous vide, un produit peut se gâter. J'ai eu le cas récemment avec un tourteau fromager sous vide en limite de date.
Moisi à l'intérieur alors qu'il n'avait pas été ouvert. Mais il m'était arrivé la même chose avec des produits achetés en magasin il y a quelques années alors même que je m’apprêtais à les consommer le jour même de l'achat. Argent perdu, mais pas pour tout le monde, et y'a intérêt à avoir autre chose à manger sous la main sous peine de se taper la cloche. Quand on bosse, ça peut occasionner des malaises, le ventre creux, en particulier, par exemple, aux diabétiques, mais d'autres aussi. L'objectif inavoué de cette suppression des DLUO est de préserver les dividendes des actionnaires des chaînes dites de « distribution » et non pas lutter contre le gaspillage qui sera identique à lui même ; sauf à cacher la misère sous le tapis. 

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L'homme est un crasseux qui gaspille et salit toujours et partout et se soucie comme une guigne même de son décor. J'avais repéré un sac de détritus place de la comédie il y a un bon bout de temps déjà. Il y avait de tout dedans y compris des boites de médicaments. Personne ne s'en s'est soucié et je l'ai retrouvé un petit matin récent éparpillé par terre entre deux bagnoles. J'ai tout ramassé et j'ai collé ça dans une « poubelle » que l'usager oublie toujours de rentrer, 24H/24 et 365 jours par an... Bizarrement, depuis, il la rentre sa poubelle. Contre l'inconscience, la dégueulasserie ambiante comme le gaspillage, c'est d'abord de prise de conscience par l'éducation que nous avons besoin. Mais qui s'en soucie à l'heure ou « économiser » est devenu un gros mot et où les gens ne fonctionnent plus que sur le pulsionnel ; on « craque » sur une publicité ou une incitation quelconque, une envie passagère, plutôt que de penser en termes de besoins réels. La gestion d'un foyer doit se baser sur le principe anarchiste évoqué par Louis Blanc : « De chacun selon ses moyens à chacun ses besoins » (in Organisation du travail -1839 ) mais déjà présent dans la Bible (Actes des Apôtres ; Acte 2 44-45 et 4 32-351) ou chez Étienne-Gabriel Morelly dans le « Code de la Nature » en 1755. A défaut de l'étendre à la société toute entière comme en rêvaient ces utopistes, on peut commencer par se l’appliquer à soi. C'est très salutaire. « Sois le changement que tu veux voir dans le monde » aurait dit Gandhi. Il y a des domaines où c'est difficile. Par exemple en matière de pacifisme. Comment ne pas devenir ombrageux quand on se fait escroquer dans les grandes largeurs par exemple ? Comment ne pas se morfondre quand on est pauvre et qu'on a ; par dessus l'escroquerie mise en lien et sans lien avec ; un chagrin à 5000 € ? (on en reparlera), par contre en matière de gestion de sa propre consommation, c'est tout à fait jouable, et avec profit. Quand je parle de besoins, je parle bien sur de besoins essentiels. Nombre de gens ne savent plus la différence entre nécessité et désir. Le niveau de nécessité ne se situe pas non plus au même niveau pour tous. Par exemple : j'ai absolument besoin d'un téléphone de poche pour ma sécurité sanitaire vu que les toubibs prétendent que je puis casser ma pipe à tout moment et donc je dois pouvoir lancer un SOS juste avant, autant que faire se peut, quand je suis seul (et c'est + souvent qu'on ne pense ; je ne tiens pas ma moitié en laisse, contrairement à ce que prétendent les fouilles-merde).

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Il n'y a plus de cabine téléphoniques dans la ville. Du pousse à la consommation soi disant imposé par Orange. Sauf que j'ai passé la nuit de la Saint Sylvestre à Saintes comme on sait ; et à errer dans la ville j'ai vu qu'il y avait une, minimum, cabine par quartier. Ici elle ont quasi toutes disparues. C'est une dérive par rapport au sujet initial, mais ça souligne combien la mise en place de la subordination du porte monnaie est à géométrie variable d'un endroit à l'autre. Parce que le gaspillage est atomisé à tous les postes de consommation et dépend aussi des volontés locales. A défaut d'attendre de la société, des édiles, on peut au moins essayer de s'adapter et gaspiller le moins possible sur ce sur quoi on a pouvoir : son propre budget.

 

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