13 mai (15)Vivre sans fleurs serait pour moi un peu comme vivre sans air à peu près. Je suis bien content qu'on aie remplacé l'infâme parking de la Brèche par des jardins, même si je trouve que la pelouse y occupe un trop grand espace vide ; je n'aime pas les grands espaces vides ; les parterres fleuris latéraux égaient un chouïa mes tristes journées. Enfin, tristes, ça dépends ; ce sont surtout mes prises de conscience accélérées qui sont tristes. Je me pense en marge, exclu, alors que je respire et vibre au rythme du moindre changement dans la cité ou alentours. Je fais corps avec ce que les médiums appellent le corps éthéré en quelque sorte. Il n'y a pas que le regard que je porte sur le fiasco de ma vie  qui m'affecte. Il y a tout ce que je ressens du monde. Parfois aussi je m'inquiète pour rien et certains pressentiments se changent en inquiétude parce que je ne sais pas les comprendre. Tenez, pourquoi le six mai me suis-je décidé à vous parler de cette maison voisine qui, disais-je, "sentait la mort" ? Dès le lendemain ils étaient revenus ! Après près de 3 mois d'absence ! Sans crier gare, comme ça. Marrant hein ? Et le lendemain de leur retour, un couple de martinets s'installait sous la toiture ! Étrange non si on relit mes propos du moment. Que voulez vous, j'suis un artichaut... Les petiots de la maison me faisaient de l'inquiétude. Ils ont beau me déranger quand ils hurlent, ou quand ils foutent leurs ordures un peu n'importe comment, j'aurais eu du chagrin qu'ils leur soit arrivé quelque chose. Ils m'emmerdent dès fois mais c'est un peu mon rayon de soleil aussi, ces moussaillons. Avais-je pressenti leur retour ? Je ne saurais dire... Je ne suis pas toujours pleinement conscient de ce à quoi je réagis. D'autres fois je ressens les choses jusqu'à fleur de peau avec une précision chirurgicale et je m'en passerais bien. On m'a payé un billet de train pour un voyage à Poitiers, par exemple, ces jours derniers. C'est joli comme ville, pas de problème. J'ai eu un choc aussi à la gare : 35 ans que je ne l'avais revue. Un bouleversement. Mais pourquoi me suis-je senti si mal dans la ville ? Je n'ai pas eu ce genre de réaction à La Roche sur Yon l'an dernier à même époque par exemple, au contraire. Il faudrait renouveler l'expérience pour vérifier. Je crois que j'ai pris ma jeunesse en pleine gueule, mais pas que ça... Je ne suis pas sûr que j'y serais plus heureux qu'ici, peut-être même moins ; et j'y trouverais autant de gaspillage qu'ici. La récup y serait aussi florissante quoique plus dangereuse je crois. Du moins si j'y étais dans les mêmes conditions. Parce qu'il y préside cette prescience qui me mène toujours au bon endroit. Ce lundi en fut un exemple flagrant. Mais y'a pas que les pressentiments... Il y a cet échange permanent, ce dialogue pourrais-je dire, avec une sphère invisible ; aussi bien aux rationalistes qu'aux croyants. Ces derniers, pour nombre d'entre eux, prétendent enfermer Dieu dans des lettres écrites et les subodorent écrites par l'Esprit Saint ou un Archange alors qu'elles ne sont que papier noirci par l'homme et à géométrie variable au grès des obédiences, des traductions qui sont autant de trahisons,  et des adaptations ; en particulier depuis les années 90 dans notre pays ; mais pas seulement. Vouloir enfermer Dieu dans du papier c'est comme vouloir enfermer le vent dans une boite. Pour communiquer/communier avec la sphère invisible, et recevoir son aide, il faut être un fétu porté par la brise, et faire le silence intérieur. On n'y trouvera pas fortune ; le vrai médium est un clochard céleste. Mais on y trouve des surprises monumentales... Ces surprises assurent ma survie à défaut de ma vie. Tenez, une anecdote qui n'est qu'un détail parmi d'autres.

AILCe n'est qu'un filet d'ail bas de gamme, ça vaut pas grand chose mais c'est de l'ail. Je l'ai eu gratuitement, je ne l'ai pas volé et on ne me l'a pas donné. Je ne l'ai pas non plus sorti des poubelles. L'histoire est extrêmement comique. Hier soir je m'épluche une gousse d'ail pour ma petite salade et ma chérie me dit : "tu sais, y'en a presque plus, après ça il en reste deux, faudrait qu'on en trouve"... Et moi, qui en dehors de hacher mon ail broyais pas mal de noir je me dis "Zut, faudra que j'en achète ! Pas les moyens moi en ce moment ! Hé Dieu, tu pourrais pas m'envoyer un peu d'ail ?" Et ce matin, rentrant de ma riche virée matutinale ; crevé comme pas deux ; je fais un détour, poussé par cette voix de l'invisible, par un container à verre où je n'avais absolument rien à faire. Sur le container une poche, et dans la poche, du pain sec et ce filet ! Pas mal non ? Pour info je n'ai jeté qu'une seule tête abîmée. C'est juste un détail... Ça m'arrive des dizaines de fois ce genre de chose. Quand je ne trouve pas ce que je cherche de cette façon, c'est tout simplement qu'il n'y a pas dans la ville ; je veux dire sous forme de gaspillage récupérable. La poche en question a dû passer la nuit là, vu comment elle était humide. Les niortais ont souvent les mirettes dans les fouilles.

13 mai (25)

Il y a aussi ceux qui se complaisent à promener tout et n'importe quoi et l'abandonner n'importe où. On a parfois parlé de ceux qui promènent les chariots de supermarchés ou les poubelles par exemples. J'y fais à peine gaffe à présent, et si je parlais de tous ceux que je repère, je pourrais y consacrer entièrement ce blog. Avouez que ce serait barbant non ? Mais là j'ai fait une étrange rencontre : une bouteille de gaz abandonnée sur un trottoir à un endroit où y'a pas de logement habité. J'ai pensé à un cas genre chariot : chouravée dans un supermarché et abandonnée ensuite. Je me suis dit que si je la laissais là on la retrouverait au diable vauvert et peut-être même dans la Sèvre. Du coup je l'ai garée dans mon garage ; elle est vide ; et j'ai avisé les magasins vendeurs de ce modèle en leur laissant nom et téléphone. Je leur ai dit de vérifier s'ils n'avaient pas été volés. Ben... silence radio. C'est ça Niort. Pour un objet que je trouve qui retrouve son proprio, y'en a dix qui ne le retrouvent pas. Je ne parle pas de dépôts sauvages hein ? Pas confondre. Je parle de trucs incongrus comme ça. Bon, tant que c'est pas une tête ou un cadavre, on va pas paniquer, mais tout de même, ça m'emmerde. Parce qu'en matière d'objets trouvés, il faut savoir que son proprio peut vous le réclamer pendant trente ans ! C'est la loi. Pas dans la merde hein ? A dire vrai c'est peut-être aussi un abandon après déménagement à la cloche de bois, comme ça arrive parfois. Mais y'en a qu'on pas besoin d'être aux abois pour larguer n'importe quoi n'importe où. Ce matin, rue de l'huilerie, à l'angle de la rue des fossés, y'avait 5 gros sacs poubelles, plus des cartons avec des poches de pains moisi, à même le sol. J'ai exploré, rangé un peu, prélevé deux ou trois bricoles (un superbe dessus de lit couverture, très épais, par exemple, décoré d'une jolie rose, bien chaud pour l'hiver) mais j'ai laissé l'essentiel. Dans les sacs y'a l'adresse du coupable, si la ville veut sévir, elle pourra, mais j'en doute. Je me demande toujours comment les gens se démerdent pour faire des trucs du genre. parce que contrairement à ce qu'on pourrait croire, ce ne sont pas toujours des gens dans la mouise. Et pendant ce temps, l'AIN, qui contre une somme modique peut évacuer vos gros chargements d'ordures en déchetterie, peine à dénicher des contrats. C'est la com qui n'est pas faite ou les rouages des citrouilles qui manquent d'huile ? Ou les deux ? Mon quotidien morose est ainsi fait à patauger dans vos manquements, dérives et merdouilles... J'ai beau y trouver parfois des billes pour améliorer mon ordinaire, je dois bien dire que ça me gonfle un chouïa... Et après on s'étonne que je sois devenu farouche et replié sur moi-même... Par contre, vous, que je sois dans ma coquille ne vous dérange pas. Ce qui vous dérange c'est que je surfe sur vos inepties pour y trouver de quoi améliorer l'ordinaire ; ça vous fait baver, rager, vous révolte et vous révulse, et tout est fait pour m'entraver dans cette démarche. mais que voulez vous, vous ne pouvez être partout. Le don d'ubiquité, c'est comme celui de lévitation, c'est pas donné à n'importe qui et vous êtes bien obligé de faire comme si ça n'existait pas ; en revanche, mézigue, j'ai le soutien salutaire de la main de la Providence qui se complaît à fourrager dans le falzar des coïncidences.

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