1890Me voilà de retour, au moins pour cette fois ; surchargé d'une vie en dehors de ce blog ; dont je maîtrise mal les rebondissements au coeur d'une misère et de misères qui vrillent la lame de la camarde dans les plaies de la scoumoune. Me voilà de retour avec cette photo empruntée à la page "J'aime l'histoire" de Facebook, et que je suis de près, tant le sujet me passionne. Une image d'une de ces marchandes des quatre saisons qui animaient de leur présence vivante les rues de Paname jusqu'il y a pas si longtemps. Le cliché date de 1890 mais reste indémodable parce qu'il existe encore des gens qui ont chevillé au corps et à l'âme cet esprit de la vie authentique, la France éternelle qu'on est en train de dissoudre dans le vitriol de l'oeuvre au noir du Kali Yuga.

Roustan 1

Cette France que je vois survivre à travers madame Roustan au marché de Niort ; dont il existe encore quelques représentants ; dure à la tâche et à la douleur. Une France qu'on idéalise mais qu'on brade parce qu'on a abdiqué sous le marteau pilon d'une modernité qui jette à la benne les gens comme les choses et dont vous avez adopté les moeurs si on se réfère à votre gaspillage que j'ai tant évoqué ici, mais surtout sur FB ces dernières semaines parce que je n'avais guère le temps de faire mieux... Je suis passablement dégouté et n'ai plus guère le coeur à écrire.

vestige (2)

J'avais, dans le même ordre d'idée, évoqué ce vestige d'un temps révolu où existaient, meublaient et animaient d'une vie sociale le moindre quartier, le moindre bourg aussi de multiples boutiques. Avant que la bagnole ne devienne le substitut de vos jambes. Et à Niort on est gâté pour ça puisque les transports en commun, exceptés aux heures de sorties des écoles, sont quasi-vides et 80 % des employés, et même des ouvriers, se déplacent individuellement en voiture pour leur travail, mais aussi pour TOUT, y compris faire 500 m. Je l'ai vu.

vestiges 1 (2)

Au détour d'une rue on trouve les vestiges de ce temps pas si lointain des boutiques individuelles... Quelques unes survivent ; ce sont souvent des cafés, on se demande d'ailleurs de quoi ils survivent. Je pense à celui de la rue Jean-Jaurès par exemple, qui n'est plus guère fréquenté que par quelques habitués, et à la boulangerie du trottoir d'en face. Pour combien de temps encore ?

hotel st jean (2)

hotel st jean (1)

Niort s'était endormie dans le ronron des mutuelles et ne réalisait pas bien ce lent effritement, entraînée par la grande mutation, la fuite en avant vers l'illusion de lendemains qui s'avèrent désastreux en coûts humains et économiques. La ville a suivi l'inféodation aux maîtres de l'économie de la dilapidation et du gaspillage. Il y a 12 ans ce petit hôtel vivotait encore. J'y ai logé quelques jours il y a quelques décennies, à l'occasion d'une tranche de ma vie qui n'a pas sa place ici. Aujourd'hui c'est une bâtisse lépreuse et vide dont les abords sont une décharge chronique, comme le montre la deuxième photo. Ceci juste en face de la dernière boulangerie du quartier. C'est le miroir de la crasse qu'a distillé la société de gaspillage. Le commerce s'est déplacé vers les zones péri-urbaines parce que les gens ne travaillent plus sur place. Eux aussi vont loin, et désertent les villes pour aller jouer les néo-ruraux dans les lotissements des villages qu'ils dénaturent en faisant exterminer les derniers coqs, taire les cloches ; empuantissant l'air de leurs barbecues et de leur musique techno qui stressent les dernières hirondelles et abeilles agonisantes. C'est le corollaire de la dés-industrialisation du pays, de l'intensification de l'agriculture. Les producteurs protestent contre le système dont ils ont été les premiers complices. J'ai vécu le massacre des remembrements dans ma chair, lorsque les bulldozers ont arasés les haies, notre vigne, notre fruitière (c'était + qu'un verger parce qu'on cultivait en étages, sous les arbres). Tout était pèle-mêle en tas informes ; terre et branches, et troncs, et cailloux...  A la pioche, à la scie, j'ai essayé de sauver ce qui pouvait l'être pour une utilisation en bois de feu au moins. Brûlé le reste par obligation et dépit, moi qui auparavant sauvait la moindre brindille pour en faire des fagots. Allumer un feu le matin avec du fagot, vous n'avez pas connu ce plaisir. OUI, c'était un plaisir. J'allumais le feu pour la maisonnée le matin, avec ce sentiment d'être tout puissant, régnant ainsi sur la cuisine et la chaleur de la maison alors que j'étais tout petit garçon. Puis il fallut aplanir les tas pour rendre les parcelles de nouveau exploitables. Ce furent des années noires. Comme par hasard ce sont les exploitants les plus petits qui reçurent sur leurs terres ces immondes amoncellements, au besoin au prix de glissements cadastraux, déplacement de bornes. Des chemins partirent en promenade pour laisser plus de place aux gros, qui bouffèrent les petits. Ils parachevèrent leur oeuvre à l'arrivée de l'autoroute, de ses nuisances et conséquences sociales et économiques ; tuant au passage des bourgs auparavant animés d'une vie économique intense ; peuplés de boutiques comme celles que j'évoquais plus haut. Jusqu'à 60 dans un village que je connais bien ; celui auquel était rattaché mon hameau.  C'était il y a 45 ans qu'il fallait s'insurger. Mais la fascination du "progrès" jouait contre les rares qui étaient conscients. Aujourd'hui c'est un marché de dupe la révolte ; le patron de la FNSEA est un des plus gros importateur de poulets brésiliens !

Niort (5)

Les centre ville deviennent des vitrines et des lieux de loisirs tandis que dans l'immédiat hyper-centre survivent des pauvres qui n'ont pas les moyens d'aller ailleurs. Ici, une de ces "animations" à vernis culturel qui gère un petit cercle fermé d'amateurs de bouquins au détriment d'un professionnel qui aurait pu exploiter le créneau. Mais il est vrai que la conséquence immédiate de la désintégration des structures sociales est la dévalorisation du livre qui est gaspillé comme n'importe quoi d'autre. On en trouve par brouettes entières dans les poubelles, voire les décharges sauvages. J'en ai des centaines en excellent état, voire neufs, en provenance de cette dernière source.

pain

jambon (4)

Dattes (2)

Dattes (1)

saucisson

On jette le pain sans même l'entammer, le jambon, les dates ou le saucisson ; quitte à jongler avec les découverts pour avoir toujours l'air à la dernière mode. En ville on ne voit que ça : des gens qui ont l'air en vacances, des airs de touristes, qui papottent aux terrasses ont toujours les mains dans les poches parce qu'il trouvent ridicule de circuler avec sac ou cabas vu que le canot de sauvetage, leur bagnole, est garée au plus près et portera tout pour eux. Ca se plaint des étrangers, mais ça fait tout pour engraisser les monarchies du Golfe qui rachètent le pays par tranches successives et jusqu'à nos clubs de foot.

cuisse ordures (2)

On porte le plus grand irrespect à ce qu'on mange, et quand la poubelle déborde, ça stagne sur le trottoir...

COUVERTURE SURVIE

J'ai même trouvé ça, jeté comme une ordure alors que c'est neuf et que ça rendrait tant de services à certains qui en ont besoin...

chaton (2)

On se donne des airs de chier droit en tortillant du cul en votant un statut valorisant pour l'animal de compagnie ; on fera tout un cirque si un chien ayant arraché la jambe d'un facteur ou mordu un enfant, le taumatisant à jamais, est euthanasié ; mais on tue brutalement un chaton parce qu'on n'a pas su gérer ses parents... Combien de chats errent la nuit à la recherche de leur pitance dans les poubelles alors même qu'ils ont un maitre ? J'en croise par dizaines...

LAPIN (6)

On se veut "zami des zanimos" et on jette le petit lapin comme une vulgaire ordure, au pied d'un container certes, mais qui est une décharge sauvage quasi permanente.

J'ai raconté son histoire sur FB.

lapin (1)

 

#NIORT Pinpin DCD ce matin vers 9 h. J'ai été absent après parce que j'ai marché très longtemps pour aller lui donner...

Posted by Michel Marsault on lundi 7 septembre 2015

Et j'ai aussi raconté l'épilogue.

C'est pour ça que je ne suis pas allé à la commémoration. Ma place était ailleurs. N'importe comment, s'il est important de se souvenir, il faudrait peut-être se soucier du présent. Je l'ai écrit à Théo l'auteur du billet que j'ai mis en lien intégré et j'ai été censuré ; y'a que la vérité qui gêne dit-on. Je finirai par y croire... J'écrivais : "L'an dernier j'y étais, cette année j'ai pas pu pour cause de cœur d’artichaut. Je me suis tout de même fait la réflexion que la mémoire c'est bien, ça honore les anciens, mais qu'il ne faut pas trop non plus s'y noyer. La bête immonde a encore de beaux jours comme le chante Michel Fugain, mais il faut prendre conscience que cette « bête immonde » est l'hydre de Lerne. On y coupe une tête, il en pousse deux, et tel notre dragon, il dispense son haleine fétide de marigot puant mais il n'est pas né le Chevalier Guillaume qui l'achèvera. Baladez vous sur les forums du net de Yahoo à FB en passant par tweeter, mais aussi dans la rue... On la voit ramper, suinter transpirer, avec des visages multiples et protéiformes. Ils sont légion ceux qui se recommandent de tel ou tel masque pour accabler qui le pauvre, qui le croyant, qui l'incroyant, et être prêt à défourailler si licence lui en était donné. Elle suinte et dégouline, pavée de bonne intentions, la bile qui empoisonne et ronge les cœurs au nom d'un homme, d'une idée dévoyée ou de n'importe quoi." Je n'ai même pas besoin de ça, moi la sempiternelle victime de la discrimination sociale... Elle aussi est un dégât collatéral de ce que j'e développe plus haut. Dans un monde meublé de repères factices, que voulez vous espérer de conscience morale ? Citoyenne ? Les taux d'abstention sans contrepartie de mouvements solides qui agiraient en contre-pouvoirs autrement ; la majorité des consommateurs lambda sont désintéressés de la chose politique, sauf justement pour râler sur le "pouvoir d'achat", réel pouvoir "d'à jeter". L'opinion commune rend l'altérité responsable de son sort qu'il croit malheureux ; n'importe l'altérité. Et les médias s'en donnent à coeur joie pour en rajouter une louche. Pourquoi toute la presse et Amnesty ; dont la direction est assurée par d'anciens membre de la CIA et du ministère de la défense US ; a-t-il diffusé cette info totalement fausse d'une indienne condamnée à être violée pour cause d'adultère ? Comme par "hasard" ça tombait en pleine fête de Ganesh ; suivi de près par celle de Krishna ; leur Noël à eux. J'ai des contacts multiples avec l'Inde et j'ai eu des démentis... Mais bien sur, les publications resteront à jamais confidentielles. La vérité de tout ça c'est que chaque parcelle de sacré freine l'expansion de la société de dilapidation et de gaspillage qui vous exploite avec votre consentement tacite et votre complicité aveugle. Les médias conduisent le troupeau par l'émotionnel... J'y reviendrai peut-être... On exploite l'image d'un enfant de réfugié noyé qui devient prétexte au bombardement d'un de nos anciens alliés... Pendant ce temps de bons français passent leur gamin à la machine à laver ; mais ça aussi c'est de l'émotionnel : Haro sur les "cassos"... Au fait, j'en suis un de "cassos" vous saviez ? A ranger dans la même case que le "muzz" etc... Vous continuerez d'ergoter et de gaspiller... J'en ai pris mon parti et c'est pour ça que je n'ai rien écrit pendant longtemps : ça ne sert à rien.

BOUDDHA (1)

Du fond de ta poubelle ; gouffre sans fond tel le tonneau des Danaïdes ; 2500 ans de philosophie réduit au néant d'une idole à la mode comme vulgaire objet de consommation courante qui contemplent la vacuité de ton néant.

BOUDDHA (3)

Cet autre est l'expression de la même pensée , de même origine mais rescapé par mes bons soins parce que ce qui est sacré pour quelques uns mérite le respect, fusse un objet commercial. Vous savez, j'ai aussi des crucifix, des médailles y compris bénies, des chapelets (chrétiens et musulmans), de même provenance... Vous voudriez que je croie en l'homme ? Que je croie au niortais ? J'ai passé l'âge de gober les calembredaines du Père Noël... Je voudrais ne plus me souvenir même d'exister, ne plus exister même. Se dégrader lentement, malade et pauvre, dans cette ambiance, c'est comme se laisser cuire sans pouvoir réagir. A défaut de sortir de la marmite. Je suis une grenouille consciente, et c'est là mon malheur.

COQ BAUDRUCHE 1