SAINT HILAIRE (5)Entre 3 et 4 plombes du mat' ; l'heure glauque juste avant le réveil laborieux de la cité. Loin de là, aux Halles, ça s'active déjà à l'intérieur, tandis que quelques fêtards attardés agitent leurs brumes alcoolisées au bas de la Brèche... Quoique ce jour là je doute fort qu'il y ait grand monde. Un peu plus tôt l'orage grondait et il pleuvait à seau, et je me traînais dessous. Biffe oblige ? Non, intuition. Effectivement, tout près d'ici, le flot du caniveau (2 à 3 cm d'eau sur la chaussée à certains moments) charriait une pièce de 20 centimes. J'ai aussi profité de cette eau pour nettoyer quelques cabas et sacs dégueulasses que j'avais récupérés ailleurs. Nettoyé sans produit s'entends. L'eau y suffisait. Tout bénéf comme on voit. Qu'importe ? J'aime bien ce coin là ; cette église est liée à mon histoire... Deux mariages (du même !) et un enterrement. Pour le premier, je suis lié à lui par le sang, par les larmes, et un combat épique bien que j'étais loin d'habiter Niort à l'époque et même d'envisager y vivre. Qu'importe ? Aujourd'hui j'y survis, par accident et contrecoeur ; les grandes forêts que j'ai côtoyées à Melun et Vierzon me manquent ; la sympathie aussi que j'y côtoyais... Mais ici, c'est vrai, ça commence à changer. Sauf que ce ne sont pas, pour la plupart, des niortais. Pour l'indigène je suis un clodo, même quand il est gentil. Je n'ai pas les moyens de partir. Et partir où ? Ce n'est pas à mon âge et dans mon état qu'on refait une vie de zéro hein ? Il faudrait que j'aille dans un coin où j'ai déjà vécu, où je pourrais réveiller un ancien tissu relationnel. Ils seraient bien marris, certains qui m'ont connus, de me voir aujourd'hui. Pauvre chose à la dérive malade et désargentée. Je mourrais en odeur d'insanité, iconoclaste de la dévotion pharmacole mais après avoir donné tant de coups de pieds dans la fourmilières qu'ils en auront l'impression d'avoir subi un gros orage. Celui de tout à l'heure a rappelé à notre bon souvenir la dernière arnaque du pouvoir : faire fourguer au plus grand nombre des détecteurs d'incendie... Qui tombent en rade à la première occase et se déclenchent intempestivement parce que tu as allumé un bâton d'encens. N'importe comment, si ça crame dans une vieille bicoque aux escaliers bois et que t'habite au premier ou au deuxième, t'es marron. Là c'est rue Mellaise que ça s'est déclenché à cause de l'orage. J'ai cherché la maison, vu qu'il n'y avait ni fumée ni feu. Un citoyen des alentours était sur place, debout, solitaire, sous la pluie battante. Je lui rends hommage de son courage. Il avait appelé les pompiers. Ceux-ci ont dû mettre au moins dix minutes à venir, je les ai vu arriver. Ils devaient être débordés, avec les caves et appartes inondés, comme chaque fois qu'il y a un petit coup de tabac sur la ville parce que les toitures sont mal entretenues, les gouttières et évacuations d'égouts complètement bouchées ; ces dernières tout particulièrement par les ordures que les gens jettent n'importe où à traîner et qui ne sont ramassées que partiellement parce que les balayeurs ne peuvent pas suivre les habitants un par un et 24 h sur 24. Sans compter ceux qui y jettent n'importe quoi délibérément. Sans compter les résidus de décharges sauvages.

poubelle (2)

poubelle (5)Décharges ? Comment appelez vous la première photo ? C'est là où j'ai trouvé le petit lapin dont je parle dans mon précédent papier, mais le surlendemain de la découverte. Quand à la seconde c'est au début de la rue Solférino coté Orangerie... La petite table a trouvé utilisation. La même nuit j'ai ramassé un lit métallique et un plein carton de vaisselle. Ramener ça au box a été une vraie galère. Je me suis terriblement amoché le dos malgré la charrette et les pauses. Je m'assoie de loin en loin sur les seuils des boutiques désaffectées. J'ai tout un tas de points pause comme ça. Le sac Leclerc aussi je l'ai embarqué. Des sacs et cabas de supermarché, que vous traitez comme des ordures, j'en ai expédié toute une grosse poignée en Inde par Nadia interposée récemment ; les gens de là bas lui ont sauté au cou à la puce quand ils ont reçu ça en cadeau. Pour eux un sac ou un cabas, c'est un trésor. Je suis sur que ceux qui ont tenu la route, ils les auront encore dans dix ans. Remarquez que j'ai perso plusieurs cabas qui ont au moins vingt ans ; l'un d'eux, un des premier sac pomme, me suit depuis Melun il y a donc plus de 18 ans. Il est toujours impeccable. Il est vrai que j'ai aussi des sacs de potasse d'Alsace qui ont plus de quarante cinq ans. Complètement en décalage avec votre manière de vivre. Je montre ici le moche, mais je parlerai aussi très bientôt du beau. Dans ces dépôts intempestifs et récurents je trouve tout et n'importe quoi. Je parlais ce matin de classeurs (quasi neufs ou neufs !) et stylo que j'avais donnés, mais aussi je viens de récolter tout un lot de mini-vases déco ; une anguillère en argent semble-t-il ; et que dire des éléphants en albâtre ? Du bouddha en bronze ? De la table basse sculptée ? Des vêtements propres et repassés qui ont fait le bonheur d'une de mes bienfaitrices ? Alors certes, pour trouver tout ça, je ne m'attaque pas à n'importe quel dépôt non plus. Mon intuition m'aide à trouver l'utile, l'agréable ; mais c'est d'autant plus vexant que de voir que des gens dilapident ce qui fait cruellement défaut à d'autres. Cette intuition que vous n'arrivez pas à concevoir, enfermés que vous êtes dans le rationalisme à la petite semaine distillé par la pensée nivelante d'un XXI° siècle désintégré.

faisan (2)

Intuition ? Je venais de ramener le plumard, la petite table et la vaisselle dont j'ia parlé plus haut au box. Mal aux guiboles, pas la force de rentrer chez moi. Je me laisse tomber place saint Jean sur un banc. J'avais crapahuté toute la nuit et j'aurais dû me reposer sur mon fauteuil relax mais j'ai préféré essayer de rentrer. Ce banc est une de mes zone de repli quand ça va plus. Je m'assoupissais dessus quand un flash me réveille tout à fait : fallait repartir en chasse et tout de suite en plus. J'ai foncé au pas de charge jusqu'au parking de la gare.

HERISSON (1)Prenons google map et cherchons sur Niort, vous verrez. Et c'est là qu'outre trouver 50 centimes à trainer j'ai fait la photo du faisan. Assez incongru à Niort même si, comme savent les potes de FB, j'ai déjà rencontré un hérisson (image cliquable) en ballade une nuit, trouvé aussi une fouine morte ; qu'il y a ici davantage de hérons qu'à par exemple Doeuil sur le Mignon ou de coqs de basse-cour qu'à Villeneuve la comtesse (à coté du précédent) qui saluent le lever du soleil ; trouvé un faisan mort en plein mitan du parking, c'est assez incongru et la photo à faire, non ? C'est un jeune adulte. Un de ces lâchers récents en vue de tirer dessus pour se donner une occasion de mettre son braquemart au garde à vous après trois bibines. Mais je ne savais pas qu'on les lâchait en pleine ville ??? Peut-être a-t-il suivi le ballast, en quête de pitance ? Mais qui l'a tué et comment ? Sur le parking il est rare que les bagnoles dépassent le 50 ; le trente obligatoire étant comprise comme la vitesse en dessous de laquelle il ne faut pas descendre. Même d'élevage et familiers comme ils le sont, les veneré piètent beaucoup et courent bien. Peut-être a-t-il levé à la dernière seconde ? Mais pour avoir eu l'expérience plusieurs fois de ces volatiles de basse-cour jetés en pâture aux fusils devant la bagnole du temps où on en avait une, je sais qu'ils sont tout à fait évitable à petite vitesse. Délibéré donc... Je suis décidément abonné aux victimes innocentes en ce moment. Enfin, le retour m'a valu un beau cadeau puisque quelqu'un, que je ne connais pas, m'a offert de la brioche ! Vous voyez ? C'est ça l'intuition, la vraie. Elle ne repose pas sur l'assemblage de données rationnelles mais sur le flair de l'impossible et de l'irrationnel aux moments les plus incongrus. Ce qui m'emmerde c'est qu'il y a trente piges je m'en servais pour aider des gens... Maintenant ça me sert surtout à détecter la connerie. Je m'en passerais voyez vous...

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