NIORT VESTIGES

« les barbares ont reconquis le monde, la civilisation est morte » écrivait Maurice Spronck en 1894 en conclusion de son roman « l'an 330 de la République » ; il situait les événements dans un lointain futur, le XXII° siècle avec un mélange de pré-fascisme, dont il était un pionnier, proche de Déroulède, de parano et de clairvoyance tout à la fois. Clairvoyance parce qu'il prédisait la décolonisation qu'il situait loin en arrière de sa dystopie alors qu'à l'heure où il écrivait nous étions en pleine conquête encore ; celle de Madagascar (1) par exemple. Parano parce qu'il projette sur l'altérité les causes de notre mort alors que nous la portons en nous. Clairvoyance parce que contrairement à ses amis de l'Action Française, il ne croyait pas au retour de la Monarchie dont les brefs retours du XIX° étaient aussi parodiques que le serait un régime auto-proclamé « fasciste » de nos jours. En tant qu'institution c'est obsolète mais cela peut se décliner sous d'autres formes que la masse ne verra pas parce qu'il n'y aura pas l'étiquette adéquate. Quand on a le nez dans la merde, on ne s'en rends compte qu'au moment de se débarbouiller.
Il véhiculait les vieux fantasmes qu'on retrouve de nos jours portés par les héritiers directs d'une certaine frange politique. Le Barbare c'était l'autre... Alors que nous sommes tout autant barbares, et nous y vautrons chaque jour un peu plus avec délectation. Le culte de l'hédonisme matérialiste et la dissolution des repères certes, mais aussi la surpopulation et son corollaire d'épuisement des ressources avec son pendant de production pléthorique de déchets.
On s'alarme aujourd'hui au plus haut niveau, sans vraiment répondre aux problèmes qui ne sont pas neufs. On élabore des châteaux de mots ; qui prétendent à reconstruire une nouvelle société, dans une confusion schizophrène ; qui s'effondreront en un entrelac cacophonique indigeste au premier courant d'air boursier. Des penseurs imbéciles pérorent sur des idées auxquelles eux-mêmes ne croient déjà plus aussitôt qu'émises, juste pour torturer l'esprit des pauvres victimes de la base. Et pendant ce temps la planète crève, empoisonnée.

 

BAPHOMET ROUGE 4

 

J'étais l'autre soir sur un banc de la place Saint Jean à discuter du mauvais temps avec un de ceux qui me signalent des dépôts plus au moins sauvages et sommes arrivés à évoquer la Seine & Marne où nous avons tous les deux vécus autrefois. La campagne déjà en ce temps là ; y'a plus de vingt ans ; offrait des spectacles réjouissants de champs amendés avec des boues de stations d'épuration. Ça se traduisait par des confettis de plastiques de toutes sortes, débris divers, petites piles etc, qui constellaient les labours. Avec les ruissellements et l'arrosage intensif, forcément tout cela était drainé au fleuve qui le déversait dans l'océan qui le charriait au grès des flux et reflux vers ce qui constitue aujourd'hui ces continents de plastique dont on commence enfin à s'inquiéter.
Ce n'est pas moi qui ait abordé le sujet de ces champs ensemencés de déchets, c'est lui le copain. On a beau jeux aujourd'hui d'accuser la Chine de livrer du riz chargé en plastique : on a fait la même chose avec le blé et d'autres productions. Plus au nord la betterave à sucre par exemple. Lorsque les betteraves sont récoltées, c'est à la pelle mécanique qu'elles sont chargées dans les broyeurs, avec tout ce qui est resté collé aux racines, ou englobé par elles... Je vous fais un dessin ? Ça fond le plastique...
Vous voyez ? Le problème n'est pas seulement niortais ; qui est très représentatif ; il est mondial. C'est cette agriculture dont je viens de parler, que défendent ceux qui déversent des immondices devant les bâtiments publics. Pendant ce temps nos intellectuels visent à anéantir la langue dans ce qu'elle a de distinct pour véhiculer des idées cohérentes. On ne fera plus la différence entre une proposition saine porteuse d'une idée pieuse ou diététique ; je vais me faire un jeûne ; et une expression salace et perverse : « je vais me faire un jeune ». Il est vrai qu'à l'oral, nombre de décadents ne font plus la différence, y compris sur des radios qui prétendent promouvoir des valeurs traditionnelles. « Je suis un mélange d’anarchiste et de conservateur dans des proportions qui restent à déterminer » disait Gabin. Je me retrouve assez là dedans ; reste à comprendre ce que ça recouvre. La plupart qui prétendent aux idées libertaires de nos jours se noient dans des voies de garage, se laissant porter par le courant du fleuve de la décrépitude en se croyant révolutionnaires et novateurs. Les milliards de tonnes de gaspillages et de déchets résultent de mécanismes mondiaux qu'on n'arrêtera pas avec quelques snobismes de confort. J'ai visité le dernier magasin bio (2) ouvert à Niort ces dernières semaines. On y trouve des tomates en janvier... Faire venir des tomates à grand renfort de transports, c'est terriblement « écolo ». Parce que comme le relevait ma compagne : pour qu'elles se forment ces tomates, il faut une fécondation, donc c'est forcément très loin, ou bien c'est fécondé à la main et sous serre... Pas très écolo tout ça. Il est vrai que dans ce magasin, je me suis fait rabrouer par leur « naturopathe » ; à mon avis une diététicienne qui prétend à ce titre puisqu'il n'existe pas en France ; parce que je parlais écologie et contamination nucléaire ; sujet sur lequel elle nous avait interpellés parce qu'on voulait du nigari (3). Il serait radioactif parce que en provenance des abords de Fukushima. Pourquoi en vendent-ils alors ?? Je lui ai fait remarquer que j'avais été informé récemment que nos côtes normandes étaient plus radioactives que celles du Japon parce que là bas ça se dissous lentement dans le pacifique tandis que dans le goulet de la Manche, les rejets stagnent plus longtemps. Ça ne lui a pas plus. Normal, à Niort, je vous l'ai déjà dit, on est pris pour un con quand on n'a pas l'air d'un bourgeois un peu péteux.
Ce n'était « pas le lieux de parler de ça » ; pourquoi alors nous a-t-elle interpellés sur le sujet ? Hein ?
Un magasin bio où il n'est pas possible de parler écologie c'est quoi ? Un rencard pour bobos ? Je tiens à vous faire remarquer que dans plusieurs supermarchés du coin j'ai discuté écologie avec certains membres du personnel, y compris un vigile, et ils ont été tout contents de mes avis.
Elle est pour moi ; cette « naturopathe » ; représentative de ce barbarisme qui qualifie le monde actuel et dont les acteurs n'ont pas conscience. Il est inutile de chercher ailleurs qu'en nous mêmes les fossoyeurs non pas de notre petite « civilisation » française ou occidentale mais planétaire. Les autres, les allogènes, en sont au même point, en train de crever d'une synergie mortifère qui creuse l’abîme de l'ère humaine.
Nous sommes les barbares inconscients et contents de l'être.

 

CRANE coeur 2

  1. L'île accède à l'indépendance le 26 juin 1960 mais la Première République malgache reste très étroitement liée à la France par les accords de coopération. Le 14 juin 1975, Didier Astrakan est nommé chef de l'État et du gouvernement. Le Comité national de direction militaire est alors remplacé par un Comité national de la révolution. Le 21 décembre 1975, les Malgaches approuvent par vote référendaire la Charte de la Révolution socialiste et la nouvelle constitution instituant la Deuxième République avec Didier Ratsiraka comme président. Le 30 décembre 1975, le capitaine de frégate Didier Ratsiraka proclama la République démocratique de Madagascar. En mars 1976, il créa le parti Avant-Garde de la Révolution malgache (AREMA). Par la suite, il entreprend de s'aligner sur la position du bloc soviétique, tout en étant l'un des militants actifs du non-alignement. En 1976, le gouvernement termine l’expulsion de l'armée française et ferme les ambassades et consulats. J'ai connu l'un d'eux, marié à une malgache de souche ; interdits tous les deux de territoire pendant dix ans. Ils ont pu revenir en touristes en 1987, pour un court séjour là bas. J'ai eu beaucoup d'info par eux en dehors de ce que je résume ici. J'avais assuré le gardiennage de leur maison et animaux en leur absence.

  1. Bio C'Bon

  2. Remplace avantageusement le chlorure de magnésium qu'on trouve en pharmacie. Est extrait de l'eau de mer. Encore une fois je vais devoir acheter autrement que local... Ils le cherchent !