Niort aout 16 (4)Lundi matin (6 h30), le petit prince et son chien sont venu me serrer la pogne, et parce que j'étais là, le chien a dit que j'étais pas un mauvais bougre et on s'est fait un câlin lui et moi. Vieux toutou déjà sur le retour, calme et discipliné qui marche à vingt centimètres au pied et ne familiarise pas avec n'importe qui normalement. Normalement oui... Mais moi je ne suis pas "normal" et le plein d'poil l'a bien pigé lui. Il est venu me consoler, empêtré que j'étais avec le rangement de ma charrette à récup en tous genres. Y'avait des choses que fallait pas abîmer et puis des poches, plein de poches... Je croyais qu'elles étaient interdites, ben les gens en jettent encore plein, y compris dans la rue à voler puisque j'en ai ramassé une vingtaine à voler, au moins ! Oui, ce lundi ou un golden retriever couleur de sable est venu me réconforter aux abords de ce décor de carte postale que je vous colle en décor d'entrée. Vous avez là le Niort historique, de mémoire immémoriale, celui des origines, le Donjon inimitable et inimité et à droite, Notre Dame, tout aussi extraordinaire. Et moi, à l'ombre de ce glorieux passé, je joue au naufragé de la Méduse sur les écueils du rivage d'un XXI° siècle plein de sombres promesses et de rêves insensés. Mes rêves moi, ils se sont effrités. Pourtant il est encore des gens pour espérer qu'on va faire avancer quelque chose. Par exemple à propos du nucléaire dont j'ai beaucoup parlé.

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Niort aout 16 (8)Il y avait, sur le parvis des halles, des gens qui en mémoire des holocaustes de Hiroshima et Nagasaki fabriquaient des banderoles de grues en papier, cet animal emblématique adopté par les opposants et tous ceux qui se souviennent.
Sadako avait alors deux ans et se trouvait à deux kilomètres du lieu de l'explosion. La plupart de ses voisins furent tués mais Sadako ne fut pas blessée ou ne sembla pas l'être sur le moment.
En 1954, après une compétition de course à pied  Sadako fut prise de vertiges qui nécéssita son hospitalisation. On lui annonça qu'elle était atteinte de leucémie.
Sadako Sasaki fut diagnostiquée "Hibakusha", c'est à dire une condamnée de la bombe, à cause du rayonnement radioactif auquel son corps à été exposé durant l'explosion...
La meilleure amie de Sadako, Chizuko, lui raconta l'ancienne légende japonaise des 1000 grues et lui apporta un origami. Au Japon, une ancienne croyance veut que quiconque confectionne mille grues en origami voit un vœu exaucé. Sadako s'attela dès lors à la tâche, espérant que les dieux, une fois les mille grues pliées, lui permettraient de guérir ...
Elle confectionna au total 644 grues de papier. Elle mourut le 25 octobre 1955 à l'âge de douze ans. Elle avait plié ses grues avec tout le papier qu'elle pouvait trouver, jusqu'aux étiquettes de ses flacons de médicament.
L'histoire de Sadako eut un profond impact sur ses amis et sa classe. Ils finirent de plier les 356 grues restante et lancèrent un appel pour récolter des fonds afin de construire une statue en l'honneur de Sadako et de tous les enfants affectés par la bombe.
Aujourd'hui, dans le Parc de la Paix d'Hiroshima, se dresse une statue de Sadako placée sur un piédestal en granit et tenant une grue en or dans ses bras ouverts. À sa base se trouve cette inscription :
"Ceci est notre cri. Ceci est notre prière. Paix dans le monde"
Un haïku à même été composé dans une adaptation de son martyr en film :
"J'écrirai la paix sur tes ailes et tu voleras de par le monde pour que plus jamais les enfants ne meurent ainsi."
Tous les ans, des enfants du monde entier plient des grues et les envoient à Hiroshima. Les origamis sont disposés autour de la statue. Grâce à Sadako, la grue en papier est devenue un symbole international de la Paix.
Une autre statue de Sadako se trouve au Peace Park  à Seattle.

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Pendant que le monde s'effondre et gronde, que la guerre déchire et tue, que la pollution anéanti, nous n'avons trouvé rien de mieux, ma chérie et moi, que de nous joindre à une poignée d'allumés aux préoccupations voisines des nôtres, qui sommes sans doute encore plus allumés qu'eux, pour faire des cocottes en papier, comme de petits enfants qui voudraient croire que quand le soleil se lève s'enfuient les cauchemars de la nuit. On était là presque par hasard. Un jeu à se faire rembourser au centre ville où nous avons notre rembourseur habituel. Une histoire de miracle encore... Un ticket de jeu délavé, lessivé par la pluie et séché au soleil dans un caniveau. Mais notre contact ne fait pas la fine bouche, il paie même si il n'est pas entier du moment qu'il y a les codes. 12 piges de relations, ça se consolide chaque jour. On avait gagné dix balles, rejoué du coup et gagné à nouveau un chouïa, et c'est pour ça qu'on était là. La 3° fois ça n'a pas marché mais de fil en aiguille, y'a dix balles de bénef net sur nos comptes fantômes où il restait 2,50 y'a pas si longtemps comme le savent ceux de FB.
Les poteaux anti-nucléaires improvisés ont l'air d'y croire encore. Moi je leur ai fait part de mon désespoir...

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Il avaient déployé le matériel classique d'interpellation. L'affiche du bas trône chez nous comme piqûre de rappel permanent, comme si nous en avions vraiment besoin, au côté d'une armoire dont la surface est un album d'autocollants de tous nos combats, dans ce domaine et d'autres. Une partie d'entre eux étaient initialement sur une malle qui m'a suivie pendant quarante ans et dont je me suis défait un jour que je crevais la dalle, mais j'ai gardé les autocollants. Mémorial comme "une arme dans un coin pour ne pas oublier" (Maurice Joyeux, anarchiste).

Mille grues en papier pour se souvenir d'Hiroshima

Depuis samedi et jusqu'à demain mardi, tout le monde peut venir s'initier à l'art de l'origami pour confectionner une grue supplémentaire sur le parvis des halles. Nuit Debout, 71 ans après le largage des bombes sur Hiroshima et Nagasaki, invite jusqu'à demain le public à venir confectionner des grues symboliques.

http://www.lanouvellerepublique.fr

La Nouvelle République a accordé une attention toute particulière à cette action en centre ville et ils ont eu droit à plusieurs publications. La TV aussi avec France 3 régional, et j'ai été très amusé, sur Pluzz, de voir notre tronche à la sauvette en train de nous efforcer, surtout moi, de plier des cocottes (la photo c'est la mienne, un vrai massacre).
Il y a bien longtemps que je connais les grues de Hiroshima. Bien longtemps que je me suis inscrit dans le mouvement pour la paix japonais, j'avais acheté une des premières éditions occidentales du livre "Pika don" à leur profit, par l'intermédiaire me semble t'il de l'Union Pacifiste ou du MOC ; Mouvement des objecteur de conscience, à ne pas confondre avec l'actuel Mouvement des objecteurs de croissance, non plus qu'avec le Mouvement Ouvrier Chrétien ; toutes mouvances que j'ai également fréquentées, à un moment ou un autre ;  je ne suis plus certain. Il serait toujours disponible.
Venir me joindre à cette action, c'était un peu de la commémoration pour moi, et aussi parce que je l'affirme toujours : même si on a perdu la guerre, il faut mourir debout. Il faut affirmer ce que l'on croit jusqu'à son dernier souffle. Je suis passé les voir aussi parce que je voulais voir qui faisait ça, dans le cadre d'une action dont j'aurais pu, il y a quelques décennies, être à l'origine. Mais j'étais un oiseau de passage. A Niort je reste solitaire. Je me replie sur ma coquille fissurée. Chaque fois que je fais un pas, je suis déçu au bout du compte. Nous avions une relation distendue mais sympa croyions nous, que nous avons retrouvée quelques minutes après avoir quitté le petit cercle militant. Il nous a tenu des propos tels que, ben désolé mais c'est plus possible. Encore un... Y'a pas assez des crados pour nous ronger le moral non ? Oui, parce que ce jour c'est aussi un jour de dépôts sauvages où j'ai fait un monceaux de trucs inimaginable. J'ai commencé à deux plombes du mat... Je voulais en faire un papier et puis, y'a eu autre chose... Et les décharges c'est tellement commun sur ce blog, que fallait innover un chouïa non ?
On a pas mal discuté, eux et ma pomme surtout, et c'est surtout ma pomme qui ait causé d'ailleurs. Ils me l'ont dit en partant. Ca me chiffonne. J'aime pas me laisser aller ainsi, sans en avoir conscience. Au fond je m'adapte à mon retrait solitaire plutôt qu'à brasser mes désenchantements publiquement. Je vais réintégrer ma bauge de vieux sanglier, et roupiller un chouïa, harcelé par les mouches à merde. De toute façon, un sanglier solitaire c'est un druide, et un druide ça ferme sa gueule. Et puis bon, j'suis tellement dans le caca que vaut mieux rester à l'écart. Des gens ont repris quelques flammèches du flambeau, que la partie soit perdue ou pas, l'important est que ce soit fait. Quelques photos de ce papier ont été jointes à l'Album "Tchernoville sur Sèvres" ci-contre, qui commémore une manif où nous étions ; une autre fois où le dragon s'est souvenu de son frère nucléaire et l'invita à l'ombre du donjon.

grue color