jungle casimir 2Je m'attendais à rencontrer un dinosaure ; de ces créatures antédiluviennes qu'on nous présente horribles et couvertes d'une peau lisse ou écailleuse, dignes des cauchemars de Lovecraft ; un lézard terrible quoi, mais dans mon idée pas si terribles que ça puisque je sais que depuis quelques années les scientifiques ont établi qu'ils portaient un joli plumage bariolé et devaient babiller, pour beaucoup, comme vocalisent les piafs qui enchantent ce petit matin blême de la Saint Casimir, où le jour mouillé peine à se lever. Je médite sur un banc, et il s'est passé quelque chose d'extraordinaire, mais ça n'a pas sa place ici, ça nous entraînerait trop loin dans des considérations métaphysiques.

déchets retrouvés en mer

En principe, les poubelles du quartier sont ramassées de la veille et je n'aurais dû trouver que place nette et propre. Mais les trottoirs sur le parcours sont jonchés de menus déchets tombés des containers dégueulant pendant leur relevage. Et personne pour ramasser derrière avant lundi. Balayé par la pluie à la bouche d'évacuation, de là au fleuve et de lui à l'océan. Ça explique facilement que la majorité des détritus marins soient d’origine terrestre, comme le signalaient récemment mes potes de « Une Ballade = un déchet ». Récurrence mortifère. Jusqu'à la fosse des Mariannes qui est jonchée de saloperies.
Cela et tous ces mouchoirs en papier semés comme ivraie au vent sur tous les trottoirs et chaussées, chargés de vos microbes qui se répandent ensuite comme traînée de poudre. On vous a persuadé que ce comportement est plus hygiénique que le bon vieux mouchoir privatif de Cholet qu'une lessive à bouillir suffit à stériliser. Suffit d'en changer, et savoir s'en servir ; évidement pas coller la partie dont on s'est servi contre l'intérieur de la poche ou du sac, mais le replier soigneusement. Et se servir d'une autre partie ensuite. Il n'y a plus guère que ma pomme, qui ai hérité ça des anciens, qui sais le faire. Durabilité ; un peu comme les couches lavables auxquelles certains reviennent néanmoins ; économie de papier et donc d'arbres. Oxygène en plus. Econocroques de lardfeuille.

sophie mars 1

Je n'ai pas rencontré de dinosaure ; pas même Casimir soi-même malgré sa fête du jour ! Vous savez ce gentil lézard qui vit dans l'île aux enfants gentils ? Peut-être que je ne suis pas un enfant gentil ?
Pourtant si, puisque j'ai rencontré Sophie. Fatiguée, usée par les ans, qui n’aspire qu'au repos. Née le 25 mai de l’année 1961, jour de la Sainte Sophie, fille de Monsieur Rampeau m’apprend un peu plus tard internet. Je la croyais plutôt fille de la Sagesse personnellement, mais puisqu'ils le disent hein ? Il est vrai que la sagesse en ce monde, ça laisse à désirer. En dépit de son grand âge, et à défaut de peigner la girafe en caoutchouc, je n'ai cessé de me poser des questions parce que je suis sensiblement plus vieux qu'elle, et à quatre piges je venais d'entrer à l'école. Hors je me souviens d'une photo qui m'a été volée à Rochechouart en 1980... Je pose chez un photographe pro, vêtu de ma barboteuse bleue, Sophie dans la main. Curieux non ? A quatre ans, y'avait un bout que je ne la portais plus ma chère barboteuse. D'ailleurs le dernier jour où je l'ai portée m'a laissé une empreinte indélébile ; c'est le même jour qu'on m'a annoncé que j'allais désormais cesser de présider la tablée familiale du haut de ma haute chaise bébé, et manger avec tout le monde, sur une chaise, juché sur un empilement de coussins pour être à hauteur. Au fil des ans on a enlevé des coussins. J'étais plus petit que la normale ; ça n'a pas dû être facile. Tout ça pour dire que mes retrouvailles avec Sophie sont entachées d'un doute sur nos amours passées. Et pourtant c'est bien elle dont le souvenir s'effiloche dans la mémoire que je viens de trouver à traîner. Je ne sais plus quand elle a disparu de ma vie, ni même si ce n'était pas un prêt du photographe en fait.
Elle est bien foutue la copine ; quoique ni percée, ni déchirée, juste rapée ; mais entre foutus on arrivera bien à s'entendre quelques temps.

pain dur (1)

pain dur (2)

Avec ça l'éternel pain dur et ce qui semble un bouton de sonnette ; un produit local ! Il est au nom d'une société dont j'ignorais l'existence. Il faudra que je l'ouvre ; il semble contenir une pile puisque une petite lumière s'allume quand on le presse. Comme d'hab' en somme : heureusement que le préfet Poubelle a inventé le ramassage des ordures, sinon les venelles médiévales qu'on nous présentaient comme répugnantes dans nos cours d'Histoire, à côté, ce serait des jardins paradisiaques. Plus l'homme évolue, plus il dégénère. Plus la technique, la machine, et l'État, le privent d'autonomie, moins il se pose de questions. Le contacteur dont je parlais plus haut : sa place était en un point de recyclage électrique, ou au moins la pile dans une benne à piles. Grapillé ça donc, et quelques autres saloperies encombrantes, comme des poches ou des bouteilles qui sont allées directement à leur destination normale.

decharge mars

DECHARGE

Ci dessus deux dépotoirs urbains, parmi d'autres ; repérés plus tôt dans la semaine ; à la merci des chiens errants, des rats, des chats aussi qui pullulent... Après c'est éparpillé, et comme je le disais plus haut : "Balayé par la pluie à la bouche d'évacuation, de là au fleuve et de lui à l'océan". Majoritairement du plastique, ce corps étranger à la biosphère, comme le montre l'illustration plus haut.
Ah je ris de me voir qui bêle dans ce foutoir ! Chantent les castagnettes, chantent les castagnettes...
Heu bon, à plus hein ? Enfin peut-être...

sophie copie 2