SP_A3200L'été s'était invité en automne avant de, semble-t-il, s'en aller doucement sur la pointe des pieds. C'est le temps de l'engourdissement dont on a fait celui du souvenir des disparus, ce qui concorde avec l'ambiance où il n'y a plus guère que les chrysanthèmes pour fleurir. Ça peut-être très joli d'ailleurs. Je pense aux vers de Verlaine ;comme chaque fois que je vois la nuit descendre sur nos soirées. Pourquoi la première strophe a-t-elle été utilisée par les Alliés pour annoncer le débarquement en Normandie le 5 juin 1944 ? Pourquoi cet extrait des poèmes Saturniens ? Saturne le maître du temps qui dévore ses enfants et préside davantage à l'ombre et à l'introspection qu'à une marche triomphale ou une charge de Walkyries. L'automne est toujours source de mélancolie bien que j'aime cette saison autant que les autres, peut-être même plus. Et pourtant, oui, je me souviens des jours anciens et je pleure.

Mesange-perchee

Je pleure la mésange qui s'égosille au printemps ; le temps de la jeunesse et de la vigueur, celui de l'espoir ; la mésange qui venait chanter jusque sur mon rebord de fenêtre lorsque près d'un arbre j'habitais. Ou le bouvreuil qui venait manger jusque dans ma main, au temps où je vivais en lisière de forêt. Une erreur d'ailleurs, parce que je me demande bien ce qu'il a pu devenir lorsque je suis parti contraint par l'inhumanité de l'humanité des jean foutres. J'en avais les larmes aux yeux de le voir perché et m'appeler doucement. "Ne me quitte pas" disait-il, mais j'étais obligé. Je ne pouvais que lui citer Gainsbourg : "Je suis venu te dire que je m'en vais. Et tes larmes n'y pourront rien changer. Comme dit si bien Verlaine au vent mauvais. Je suis venu te dire que je m'en vais. Tu te souviens des jours anciens et tu pleures. Tu suffoques, tu blêmis à présent qu'a sonné l'heure..." . Et encore je n'avais rien vu, moi qui avais pourtant déjà tant survécu (réf à Lavilliers). Nous sommes tous des morts en sursis, et beaucoup d'entre nous le fuient, dans une course insensée à l'immortalité illusoire.

  • "Les hommes... perdent la santé pour accumuler de l'argent, ensuite ils perdent de l'argent pour retrouver la santé... et penser anxieusement au futur, ils oublient le présent de telle sorte qu'ils finissent par ne vivre ni le présent ni le futur... ils vivent comme s'ils n'allaient jamais mourir et meurent comme s'ils n'avaient jamais vécu." (Dalai Lama)

«le dernier ennemi qui sera détruit, c'est la mort» Selon saint Paul, (1 Cor. 15:26). Vous tenez la mort comme l'ennemi ultime de l'homme, alors qu'elle est indispensable au renouvellement de la vie. Barjavel, dans son roman "Le grand secret" l'avait très bien envisagé. Un savant a découvert par hasard un virus qui permet à quiconque d'être condamné à vivre pour l'éternité. Ce virus est contagieux. Ayant pris conscience des conséquences dramatiques pour l'humanité si le virus se répandait, une île a été créée, avec l'aide des plus grands gouvernements planétaires, afin d'accueillir les contaminés... L'anti-Ebola en somme.

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Je pense aussi, tout particulièrement cette année, aux vers de Villon. La ballade des pendus ; eux à qui j'allume quelques lumières en mémoire des innocents livrés à la vindicte populaire et mis à sécher comme jambons ou raccourcis un peu plus tard. Tant il est vrai que si on a aboli les gibets, on est encore, lorsqu'au caniveau on est condamné, à la merci de condamnations infamantes pour presque rien.

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Les militants bien en cours s'affichent mousquetaires quand ils ne sont que quémandeurs de subventions. Un homme vient d'être condamné pour avoir récupéré dans les poubelles des supermarchés ; prétexte parce que c'était en réalité un activiste déjà condamné pour ses actions radicales. A l'heure où il faudrait penser à économiser les ressources de toutes sortes et partager les fruits de celles-ci, on multiplie les arrêtés anti-mendicité, anti-récup. Vous vous apitoyez sur Jean Valjean et ses cinq ans de bagne pour avoir dérobé un pain à l'étalage, mais nous sommes encore là. Un pain non pas à l'étalage mais dans une poubelle peut vous valoir trois ans de ratière. Je préférerais casser des cailloux pendant cinq piges que croupir dans un cloaque mélangé avec n'importe quoi pendant trois. Parce que dans des cellules surpeuplées on colle le voleur de bombek avec l'assassin ; j'ai eu dans mes relations, autrefois (1988), un insoumis à l'armée, militant qui se voulait non-violent, embastillé avec un assassin. Le co-détenu en question ne débandait pas d'avoir dessoudé sa compagne à coups de poing.
Je m'inscris en faux contre l'idée que qui vole un œuf vole un bœuf. Qui vole un pain a faim ; ce n'est pas des millions de fraude fiscale ; ou s'inscrit, quand il va le chercher dans une poubelle, dans la lutte contre le gaspillage. Mais si vous êtes pauvre, on ne vous pardonnera pas. Certains sont mêmes, parce que médiatiques, jetés à la face en démonstration comme un américain dont un article me rendait compte récemment. Je ne l'ai pas attendu le copain, mais il démontre bien une réalité cuisante.
« Il est grand temps que nos concitoyens et plus particulièrement les élites, président de la République, ministres, hauts fonctionnaires, élus de tous bords, se rendent compte que nous vivons sur une planète épuisée. » a déclaré notre députée, Geneviève Gaillard. Je suis en communion de pensée avec cela.

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Mais au gaspillage commun se joint l'idiotie atavique de ceux qui détruisent par plaisir. Oui c'est bien une pizza, photographiée à 5 h avec mon portable. Il n'y a pas que l'alimentaire. J'en ai déjà parlé et j'en reparlerai. J'ai l'intime impression que les choses s'aggravent. Je lis des choses sur internet qui me paraissent à la puissance cent de ce que je lisais dans les défunts journaux "Combat Nature" et "Pigeon Voyageur", au temps d'avant la toile, celui de mon militantisme enthousiaste. Mais aussi je compare ma ville, où j'ai vécu quelques mois il y a 35 ans. L'idée me turlupinait récemment où je comparais l'état des rues de l'époque et maintenant, dans le même quartier. J'y reviendrai sans doute plus spécifiquement, tant je crois qu'il y a là la traduction plus globale d'un état de la siociété.

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Tout de même, il y en a qui détruisent par plaisir. Ca n'a aucun rapport avec la consommation, mais avec l'incivisme général. Par exemple ces fiches de bus, là, elles ont été volées à l'intérieur du kiosque pour être jetées 1,50 m plus loin, juste à coté. Heureusement je suis passé avant qu'elles ne soient abîmées ! J'ai tout ramassé et restitué. C'est juste une question de principe...

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Comme ce gus qui s'estime propriétaire de ce qui n'est même pas une place de stationnement, et alors qu'il y en a, gratuites, à cette heure et toute la nuit ; à moins de cinquante mètres et qu'il n'habite même pas la rue ! La journée c'est 150 € à l'année. Même moi, le miséreux, j'arriverais à les sortir puisque je fais plus pour un garage qui me sert d'entrepos. Il est vrai que je bouffe beaucoup aux cadeaux et à la récup, mais on a juste 600 balles ; le montant de nos factures ; par mois. On n'a jamais pu s'offrir une bagnole de cet accabit, même quand on avait du fric. Il est vrai que nous on refuse les crédits... Mais voyez vous c'est à ça que je voudrais arriver : pour moi tout est lié en une mentalité qui est l'état d'esprit du siècle. Une minorité a pris conscience des réalités et se soucie des interractions de toutes choses ; la grosse masse se fout de tout excepté son agrément. Le type qui se fiche des autres et se gare n'importe où de préférence ; l'agent qui ne le verbalise pas et préfère favoriser la société d'exploitation de parc-mètre, en pénalisant celui qui a un défaut d'une demi-heure de paiement, lui tend la perche ; le crétin qui vole pour jeter ; l'imbécile qui gaspille sa pizza ; tous relèvent du même mécanisme : l'indifférence au sort de l'humanité en général, de la biosphère, de ce qui peut advenir ou des conséquences de ce qu'ils font. "J'emmerde le prochain et la terre entière, ma gueule d'abord du moment que je bande" est leur philosophie. Après vous le déluge... Après, vous pleurnichez quand on installe des caméras de surveillance. Projet du nouveau maire sur le centre ville. A dire vrai, je ne crois pas que ça servira à grand chose... A part peut-être me faire des ennuis quand je ramasse une patate à trainer par terre et que je la garde par devers moi pour la consommer. Jean Valjean est bien mort, il ne reste que le roman, mais ses juges sont immortels et ce sont eux qui cautionnent la destruction de la planète et le gaspillage. En France, la gestion de la pauvreté qui pourrait en profiter est de type soviétique et ne se pense qu'à travers l'humiliation d'être surveillé, encarté et mal conseillé par des intellos qui n'entendent que ce qu'ils veulent entendre et projettent leurs idées ampoulées souvent loin de votre réalité. Nous en reparlerons si les cochons ne me piétinent pas.

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