bougie (8)L'aube ne pointe pas encore son blair, je me réchauffe avec une décoction approximative, à la lueur d'une bougie de récup. J'écoute respirer le silence,  son chuchotement  me parle de la vie.
Déjà le we se profile ;  pas vu la semaine passer et j'avance pas d'un iota. Morfler plus ou moins suivant les heures, les jours... Il y a toujours des moments, comme là, où engourdi je ressens moins le mal... Et puis le blues parce que l'avenir est derrière moi. Dans mon état, il n'y a rien à espérer construire. Du pot au noir on ne sortira plus, c'est scellé. Même si,  subitement, j'avais la possibilité de déménager pour une bicoque un peu moins merdique, je n'en n'aurais pas la force ! Il me faudrait du personnel pour trier et emballer nos affaires. Moi qui n'aime pas qu'on touche à mes bricoles, ça ne m'arrangerait pas. Je ressens ça comme un viol parce que depuis toujours ; j'ai appris ça j'étais encore dans mes couches quasiment ; la mise au jour de mes secrets sont toujours suivis de ragots qui engendrent agression et méchanceté. A l'époque c'était cette boîte où je planquais quelques jolis cailloux et un livre de messe en loque ainsi qu'une petite loupe antédiluvienne, une trouvaille déjà, sertie de fil de fer, ainsi qu'une petite bouteille remplie d'une bidrouille étrange à qui je prêtais des vertus, dont je suis incapable de dire aujourd'hui de quoi il s'agissait. Et puis ma baguette en sureau... Je me demande bien où j'étais allé chercher cette idée de baguette en sureau ! Oui, parce que plus tard j'ai appris que c'était de ce bois qu'on fabrique les baguettes magiques des sorciers... Ne pas confondre avec les baguettes des sourciers, en coudrier, elles.
Chaque fois qu'on a violé mon intimité, ça a été le drame.

lampe

Maintenant on croule sous un tas de matos récupéré et qui nous est souvent inutile. C'était juste parce qu'en bon état on a voulu lui éviter la destruction. De temps à autre on donne, on vends, on troque... Parfois ça me déchire le cœur même parce que je trouvais ça joli. Mais on a tellement entassé de merde, de merde qui n'en n'est pas, mais l'était sans doute pour les anciens propriétaires, puisqu'ils l'ont jetée n'importe où sur la voie publique, dans un buisson, ou, comme ma dernière trouvaille, au pied d'un panneau, sur un parking. Démantibulée, je l'ai reconstituée en quatre minutes chrono. Une lampe de fer ouvragé et laqué avec une bouteille de cognac au cœur. Pas n'importe quoi : la base de la bouteille est percée pour passer le fil. Un vieil objet qui doit remonter aux années 50-60 vu le type de prise mâle, sans doute à remettre aux normes si je voulais m'en servir ; ce n'est pas un problème, j'ai ce qui faut tant j'ai de bazar ! C'est dingue ce les gens peuvent accumuler, pour le jeter ensuite ! Objets ou nourriture.

FROMAGE (2)

 

FROMAGE (3) B

Même à jeter de la nourriture par terre, ou la laisser tomber, simplement, et ne pas comprendre qu'il suffit de ramasser et changer l'emballage pour que ce soit propre. Mais qui garde dans ses placards, par exemple, des papiers alimentaires propres pouvant servir ? Des bocaux vides ? De ces derniers je dois bien en avoir une cinquantaine. Tous de récup ! Ça m'a coûté la vaisselle au vinaigre d'alcool et à la soude. Soit trois fois rien.
Mais je n'ai plus la force de gérer tout ça. Ni le moral pour.
Je suis de plus en plus conscient de l'absurdité de la destinée de l'humanité. Fondamentalement elle ne l'était pas au départ, mais elle l'est devenue. La raison a déserté les consciences de ceux qui se revendiquent justement de la raison pure. Affranchis qu'ils se veulent de la nature ; même quand ils prétendent à la défendre. Un vent de folie souffle sur la Terre. Une tempête qui détruit tout ce que nous avons mis des siècles à élaborer. Y compris la grammaire et l'orthographe dont on a oublié et nié les racines ! On a broyé les rocs des nos assises pour en faire du sable et c'est sur lui qu'on prétend bâtir l'avenir. Inutile de m'étendre sur le sujet : je me ferais traiter de gauchiotte par les fachiasses, et de fachiotte par le gauchiasses. Ca m'arrive trop souvent !! Et j'en ai plein le fion ! Le merluchon ! Le micron ! Et tout le reste.
La vindicte et l'émotionnel sont au pouvoir. Suffit qu'un Trump mette une trempe à la femme d'un artisan en pipes, et le monde est en émoi. Comme si ça allait accoucher d'autre chose que la continuité de ce qui existe déjà ! Une humanité consciencieusement occupée à s'autodétruire et se déshumaniser.
L'espèce est en cours d'une grande mutation, et l'homme de demain sera humanoïde, pas humain au sens où il l'était jusque récemment.
La volonté sous-jacente est d'adapter l'homme au cosmos. C'est une idéologie collective qui cours depuis longtemps et la recherche spatiale, au delà des retombées économiques espérées, n'a d'autre but. Nous n'en sommes qu'aux balbutiements et ça n'avance que très lentement parce que ça ne peut se faire que par une mutation de l'espèce.
Notre Thomas Pesquet, auquel je suis abonné, a d'ailleurs pour principale mission de servir de sujet pour les mesures encore mal connues de l'effet de la vie dans l'espace sur la physiologie. 
On a pensé l'homme comme créature finie, distincte et indépendante de son milieu, qui pouvait disposer à son grès de la nature. Là dessus on a bâti des rêves où nous pensions bâtir des villes dans l'espace aussi facilement que les pionniers bâtirent des villes sur les territoires des amérindiens que nous expropriions à l'envie, sans leur demander leur avis. A l'époque, quelques outils, un mousquet approvisionné, quelques graines et du courage suffisait. Dans les années soixante dix, on bâtissait des châteaux en Espagne, ou plutôt des cités de rêves dans le cosmos. Je me souviens de ce papier de Science & Vie qui projetait une sorte de mégapole ancrée au point Lagrange, entre Terre et Lune, autonome, dotée de serres hydroponiques, produisant sa propre nourriture, générant sa propre gravité par rotation sur elle même... Quand on voit l'ISS à côté, en y repensant, on rigole... On en est loin. Et quand on voit que poser un vaisseau sur Mars expose à un risque de viandage une fois sur deux ; peut-être aussi à cause de sabotages électroniques à cause des rivalités politico-économiques fruits des rivalités et de l'avidité des nations ; on se dit qu'il y a loin du rêve à la réalité !

Néanmoins, si on veut continuer l'histoire, il faudra un jour qu'une minorité construise quelque chose ailleurs. J'ai des doutes quant à la faisabilité, mais la Terre arrive à bout de souffle. Les cicatrices, même si on répare un peu et si on change de direction dans notre gestion des biotopes, sont irréversibles.
Thomas Pesquet l'a dit ; depuis l'espace : « On voit des embouchures de fleuves très sales, noires ou marron. On voit parfois des fumées, des zones qui sont dans le brouillard, comme Pékin qui est très difficile à photographier (...). On voit les coupes dans la forêt d'Amazonie. On voit l'activité humaine, et ça fait vraiment réfléchir. »
Et ce n'est que la partie visible ! Tout ce que nous avons enfoui sous terre et en mer qui constitue la cicatrice indélébile qui sourdra son pus bien après notre extinction ! Nucléaire sous la calotte glacière ; source de chaleur ; ordures et épaves dans les mers, ordures sous la terre... Je connais beaucoup d'anciennes décharges qu'on a rendues à la nature, où on s'est contenté de recouvrir de terre et gravats avant de niveler et laisser pousser l'herbe et les broussailles, ou paysager, et qui contiennent tout et n'importe quoi. Y compris des déchets toxiques. Amiante, mercure, plombs...

Les vestiges archéologiques ne sont pas autre chose que les ordures du passé. J'ai visité des travaux suspendus par des fouilles de sauvegarde où on retrouvait des cimetières oubliés, mais aussi des puits à déchets où on retrouvait des ustensiles en tous genre, brisés, minéralisés, mais déchifrables. Les choses étaient en ces temps reculés de matière naturelle ; cuir, céramique, verre sans ajout... Les vestiges de nos dix-neuvième et vingtième siècles seront autrement plus gênants !
Et à force d'entasser ; la Terre que la vie déserte peu à peu ; disparition des espèces la plus grande de l'histoire de la planète ; deviendra inhabitable à moins d'une mutation de notre espèce. Même si nous ne conquérons pas l'espace à la mesure des rêves des transhumanistes des libertariens obsédés par la destruction de nos fondamentaux, nous muterons ou crèverons.
Les nouvelles technologies et les procédés médicaux seront réservés à l’élite qui contrôlera le traitement de l’information et ses avancées pour tenter d’atteindre l’immortalité, à l’image des dieux. De manière concomitante, la disparition d’un grand nombre de métiers, supplantés par des machines, créera une énorme classe de personnes inutiles économiquement et dominées autant socialement qu’intellectuellement. N'est-ce pas déjà le cas ?
Cet avenir ne me concerne plus. Je suis fini ou quasi. Je le sais. L'humanité est une machine folle lancée contre un mur. Une synergie de volontés contradictoires qui accouche d'incohérences mortifères. Il faudrait une unité planétaire pour construire un avenir viable. On en est loin puisque tout repose sur les intérêts conflictuels d'une minorité qui s'entre-déchire.
Je me sens grain de sable dans la tempête. C'est elle que j'entends mugir dans le silence de la nuit, parfois.
Quand ma carcasse s'éteindra, on retrouvera ces vestiges de vos gaspillages, que j'ai entassés. On glosera, on me traînera dans la boue, on m'attribuera le syndrome de Diogène, on se moquera entre deux faits divers sordides avec lesquels on occupe la conscience collective, et on passera à autre chose, tout aussi vide de sens. Et la destruction continuera... J'écoute respirer le silence qui me parle de l'absurdité de notre société. Un hiver un peu frisquet, et nos ressouces énergétiques menacent faillite. Et on s'appuiera sur le particulier pour pallier, plutôt que sur l'éclairage inutile de monuments, autoroutes, villages ou zones commerciales désertes la nuit ! Preuve par neuf de l'aveuglement par l'absurde, si besoin était...

 « Tous les ennuis que nous vaut la vie moderne sont dus à ce qu'il y a de divorce entre la nature et nous » Isaac Asimov

BLOSSAC Poitiers mai (36) B

 « Écoutez le vent, il parle. Écoutez le silence, il parle. Écoutez votre coeur, il sait. »~Tatanka

 

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 « De ce qu'il n'y aurait pas d'individus s'il n'y avait pas de corps humains, il ne résulte aucunement que ce soit le corps qui confère à l'individu sa dignité ni même qui en définisse l'originalité » St Thomas d'Aquin

 « Quand les liens de sang seront rompus, que l'argent sera pris de manière injustifiée, que le sang sera versé, que le proche se plaindra de son parent et que sa plainte restera sans effet, et que l'on ne donnera plus rien au mendiant au cours de ses périples et de ses pérégrinations (l'heure sera proche). » (Abou Shayba)

 

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