semeur 3« Il marche dans la plaine immense,
Va, vient, lance la graine au loin,
Rouvre sa main, et recommence,
Et je médite, obscur témoin,

Pendant que, déployant ses voiles,
L'ombre, où se mêle une rumeur,
Semble élargir jusqu'aux étoiles
Le geste auguste du semeur. »

Vers emprunts d'une quasi vénération où Victor Hugo élève la poésie au rang de la peinture, où le texte renvoie la même image qu'un Millet par exemple , qui a aussi peint un semeur, évoquant l'immuable travail des champs pendant des millénaires. Il est évoqué déjà dans les trois Évangiles synoptiques: Matthieu XIII, 1-23 ; Marc IV, 1-20 , Luc VIII, 4-15  (ainsi que dans l'Évangile apocryphe selon Thomas1) ; pas loin de 2000 ans plus tôt ; complément du labourage, cette « mamelle de la France » selon Sully. Campagne immuable en dépit des rages des siècles où les différences et variantes restent infimes. Fondatrice de Rome (Romulus & Rémus) comme de l'Aube de l'humanité selon le Judaïsme (Abel & Caïn). Mon grand père, s'il eût disposé d'une machine à voyager dans le temps, se serait adapté au néolithique, et même sans doute mon père. Il n'y avait guère de différence. J'ai certes pratiqué la semaille à la main, mais sur de très petites surfaces inaccessibles aux engins et pas souvent, pour régénérer leur herbe semi-naturelle par trop piétinée par le jeune bétail que nous y parquions de manière transitoire.

Dernier ressac du jusant d'une civilisation éternelle en dépit des rugissements et dommages portés par la fureur du monde extérieur qui n'était pas plus tendre et moins barbare qu'aujourd'hui. Puis les « techniciens », les « conseillers », organes des banquiers, sont venus embrigader des esprits déjà bien préparés. Mon grand père, de retour d'Allemagne, avait dans les yeux les autoroutes et les machines agricoles sur des surfaces vertigineuses pour nos petites exploitations ; il n'était pas le seul. Hitler n'a pas su que faire la guerre, il a soutenu une agriculture et une industrie ; avant que de conduire son pays à la ruine ; qu'il voulait de « progrès ». Nos paysans en revinrent avec un sentiment d'humiliation, aggravé par la fascination du matériel américain. Le credo selon lequel nous ne produirions jamais assez pour nourrir l'humanité. Comme au lendemain de la première, la der des der soi-disant, on resservit la soupe réchauffée déjà servie auparavant au XIX° siècle pour développer par exemple le chemin de fer. Grand outil de « développement » qui dans le même temps réduit à la misère bien des paysans et bateliers, comme l'évoque si bien Bernard Clavel dans « le seigneur du fleuve » :
« Depuis que la vapeur tirait des voitures sur un chemin de fer et poussait sur l'eau des bateaux de métal, il semblait que le pain cesserai un jour d'être à la portée de tous. Il ne suffisait plus de connaître son métier et d'avoir de l'ardeur pour être assuré de vivre.
Il y avait une menace qui ne venait plus du ciel, mais des hommes. Et l'on s’apercevait avec étonnement que la folie des humains est plus dangereuse que celle qui secoue les éléments parce qu'elle dure davantage
. »

« C'était le temps du fer. Ceux des forges et des ateliers qui s'en réjouissaient. Ceux des hauts fourneaux aussi qui allumaient dans les nuits de toutes les maisons des lueurs d'incendie, et couchaient sur les campagnes et les villes des fumées qui salissaient tout. »

Pour le plus grand profit de la Bourse en pleine extension après avoir mariné dans ses langes pendant 5 siècles. Elle déployait ses tentacules, s'emparant du monde et le dévorant.
Et la campagne fut transfigurée, et la nature fut taillée au carré, arrosée de produits industriels et délétères dénoncés aujourd'hui mais un peu tard par des écologistes nostalgiques.

« Tous les ennuis que nous vaut la vie moderne sont dus à ce qu'il y a de divorce entre la nature et nous » aurait dit Isaac Asimov. Je ne saurais être aussi réducteur... La société est un tout, de pratiques et de valeurs, qui gravitaient autrefois autour du centre nourricier de l'agriculture, et aujourd'hui de la production intensive et de la consommation à outrance au delà des besoins de certains, pendant que d'autres manquent de tout, y compris chez nous.

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L'agriculture a muté en très peu de temps ; de la fourche ancestrale aux engins disproportionnés ; passant de l'exploitation familiale au domaine industriel tombant dans l'escarcelle du spéculateur.

Le Château Bel-Air racheté par le chinois Golden Field

Le Château Bel-Air, d'appellation Castillon Côtes-de-Bordeaux, situé sur le domaine de Bellair à Belvès-de-Castillon en Gironde, vient d'être racheté par le géant chinois de l'agroalimentaire Golden Field, a indiqué jeudi son ancien propriétaire Patrick David. Mis en ligne le : 27/01/2017 à 11:32 Le domaine Bellair est situé sur l'emplacement d'une chapelle, qui fut autrefois un lieu de repos bien connu des pèlerins de Saint-Jacques-de-Compostelle.

http://www.larvf.com

Nous qui sommes fiers de nos vins, n’avons même pas conscience, pour la plupart d'entre nous, qu'ils n'ont de national que le nom. Ces dernières semaines, un grand cru vient encore d'être racheté par les chinois. Le énième. Il en va tout aussi bien pour d'autres productions ; tandis que des français reproduisent le mécanisme dans les pays de l'Est par exemple...
A quoi sert de produire autant si c'est pour que crève une partie de l'humanité pendant que d'autres jettent ce qui fait défaut aux déshérités ?

Capture poisson

gâchis

Désormais, ce ne sont plus "Labourage et pâturage [qui] sont les deux mamelles de la France" mais plutôt « gaspillage et consommation ». Il ne se passe pas un jour sans que j'en ai une preuve flagrante. Entre la poire de notre dessert de ce soir, ramassée sous un abri-bus après l'avoir vue traîner plusieurs heures, et quelques images ramassées sur le net (ci-dessus) ; je pourrais aussi glisser quelques unes de mes trouvailles, non exhaustives mais parlantes et qui ne sont que des détails misérables au regard de la réalité.

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Sur le rang de mes trouvailles, rien qu'en nourriture, l'album photo "le restorat", à gauche dans la colonne, est parlant. Cette poche de bonbons compte parmi les dernières dans le rayon consommable. Ca fait quinze jours qu'elle est vide et je suis toujours vivant. Elle n'était pas périmée. Ce n'est qu'un détail, si je mettais toutes mes photos ce serait long et c'est désormais assez galère pour les récupérer.

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Au chapitre du non récupérable, il y a par exemple ce hamburger à peine entamé parmi des dizaines (centaines?) que je trouve à longueur d'années, ou, la semaine dernière, cinq kilos, je dis bien cinq kilos, de viande que des geignards prétendant ne pas joindre les deux bouts avaient laissé avarier et autant de pain sec dans une autre poche, posée directement par terre, dans un recoin où c'est récurrent. Lui a fini pour les cochons d'un paysan qui vit encore, il en reste quelques poignées, de façon raisonnable.

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Accessoirement il n'y a pas que l'alimentaire, comme je le souligne souvent. Je vous ai précédemment parlé des sacoches neuves, les voilà ; deux d'entre elles ont déjà fait des heureux ; la troisième je me la garde pour le moment, sous toutes réserves. Quant aux produits nettoyants, je vous assure qu'ils sont pleins et utilisables. Là, l'heureux c'est ma pomme *;) Clin d’œil. M'enfin encore une fois, c'était vraiment pas gagné que ce soit sauvé. Un miracle que je sois passé par là, maintenant que je me traîne comme pas permis.
Devant cette gabegie, mondiale, je me dis que contenir l'expansion de la production serait peut-être une solution ; relevant du même coup les cours et la rémunération des producteurs. Contribuant à préserver ce qui reste de biotopes que veulent massacrer les agriculteurs et néo-ruraux, ces derniers pour avoir les pieds plus près de l'eau comme le révélait un reportage récent sur France2 par exemple. Biotopes qui n'ont rien de primaire mais s'étaient bâtis en s'adaptant à des pratiques millénaires aujourd'hui conchiées au nom du profit. Produire pour détruire est la mamelle de la société biberonnée par des inconscients en ruée vers l'abîme. Sortir de cette perspective et relocaliser les productions consommées est un axe indispensable si on veut prolonger la vie de la planète et par là de l'humanité, avec des méthodes raisonnables. Des millions de tonnes sillonnent les océans et les airs pour que vous pussiez avoir des fraises en hiver, et en jeter la moitié (vu récemment).
La mutation qui nous déshumanise est-elle irréversible ? Il vous appartient d'y répondre pour les générations futures ; moi mon temps est compté. Ce n'est pas le grand remplacement que je crains, c'est la grande mutation que je redoute. Celle qui, avec la mort programmée des pollinisateurs, livrera définitivement aux semenciers producteurs d'OGM l’héritage du semeur d'antan ; asservissant définitivement l'agriculture et la nature, transformant l'homme aussi, en une sorte d'humanoïde synthétique, vivant dans un univers artificiel, sur une Terre tellement polluée qu'elle ne sera pas rattrapable.

belle planète

probleme

J'emprunte à des copains militants les deux images ci-dessus. Elles valent mille mots chacune, et corroborent si besoin était mon propos. Il n'y a plus que quelques cons un peu frapadingues pour douter.Notre univers en folie est très fragile.

tintin_etoile4

NDLR : la première et la dernière image sont des arrangements perso.