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Voilà c'est fini. Nicolas est parti loin dans l'infini ; on a rangé le nez de Cyrano et Colombine redevient Margot, le saltimbanque va se rhabiller, chantait si bien Fugain. Père Labedaine de carnaval, ça me connaît, à l'aube du siècle où je composais au carrefour de l'identité commerciale qu'on a collée au personnage et des racines de la fête, comme je l'avais raconté. Maintenant on veux complètement balayer l'origine, et imposer ce qui s'est déjà largement répandu sur la planète, une imagerie vidée de son contenu, ramenée à des rêves pour enfants, dans un contexte genre Disney World à la sauce Coca light, berçant et camouflant la débauche consumériste des parents qui trouvent là une justification et où l'avalanche de dépenses et de cadeaux se prétendent amour. Origine directe d'un gaspillage monstrueux et ça me reste un peu en travers de la gorge.

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Il est des gaspillages symboliques tout particulièrement. En ramassant des clémentines et des oranges en des endroits où elles avaient été jetées  ; par des particuliers ; qu'elles n'auraient pas dû être en tant que déchets, certes, mais aussi pas être jetées du tout puisque consommables, je repensais à mes Noëls d'enfants où l'orange était une sorte de cerise sur le gâteau bien plus maigre que nombre de mes camarades, déjà, mais surtout que ceux d'aujourd'hui qui sont devenus débauche reflétant la confusion de l'avoir et l'être. Je revis aussi l'émotion de mon père évoquant ses propres Noëls où l'orange unique, parfois agrémentée d'une poignée de chocolats, constituait le seul présent consenti par la chicheté des moyens. L'irrespect du fruit du soleil, lumière dans la nuit d'hiver, est révélateur du déracinement de l'occidental moyen de toute valeur, de tout symbole aussi. Ce sont pourtant les symboles qui constituent l'ossature d'une civilisation, constituent sa culture et sous-tendent son unité. Lorsque cela disparaît, la civilisation, dont la culture est la trame, se liquéfie ou s'embrase et retourne à la poussière des siècles.

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Non contents de détruire la Terre, nous nous détruisons nous-mêmes. Le sort de l'orange révèle l'attitude envers toute nourriture issue fondamentalement de la nature. Dans votre assiette est tout un cosmos qui s'est concentré là en ce point précis qui vous semble dérisoire. Il est deux manières de consommer ce qu'on mange ; avec mépris et alors on ne fera pas attention et on jettera même si c'est encore utilisable ; ou avec conscience de la valeur intrinsèque, non seulement monétaire, mais aussi la somme de travail, d'évolution et la chance que l'on a que c'ait pu aboutir là, à notre satiété. Tant d'êtres sont privés par la misère, ou la conséquence de nos haines, de cet essentiel que nous élevons au rang d’indispensable, mais gaspillons comme si c'était quantité négligeable. La sacralité de l'orange de Noël, donnée par un saint personnage dont le principal mérite fut de lutter pour des valeurs qu'aujourd'hui nous attribuons à la laïcité, forçait le respect. Nicolas, sur lequel nous avons calqué le Père Noël est un Turc du III° siècle ; pan sur le bec des racistes ; devenu évêque, il s'attacha à réduire la prostitution, tout particulièrement juvénile, la défense des enfants, en ce temps-là exploités comme bêtes de somme, et le cannibalisme païen encore très répandu.

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Nous nous élevons au rang de référentiel pour l'humanité alors que nous avons complètement perdu le cap, dans ce registre comme dans d'autres. Notre gaspillage donne à penser aux nouveaux Alamans et autres Burgondes et Ostrogoths que nous roulons sur l'or alors même que le royaume est ruiné et ses forces productrices vendues à des spéculateurs étrangers. Le corollaire est la misère pour une part sans cesse croissante de la population, dont je fais partie, et dont le Noël fut pour beaucoup des plus modestes. Lorsque ce spectre aura dévoré toute la population active, peut-être alors le gaspillage s'arrêtera-t-il ? Mais alors, au lieu que de partager raisonnablement les surplus comme certains souhaitent actuellement, c'est au couteau qu'on les défendra ! Déjà se profilent des situations angoissantes dans le silence des petits matins obscurs d'hiver. J'étais occupé à trier les agrumes des emballages (?!) auxquels ils étaient mêlés dans un cabas de supermarché balancé à tous vents ; j'ai dû être filmé au moment où j'ai ramassé le cabas, par la vidéo-surveillance ; quand un zonard de cuir vêtu, aux mains gantées aussi de cuir à clous genre poings américains, m'est tombé sur le râble... Mais mon impressionnante canne pendue négligemment à mon bras l'a sagement dissuadé. Oui : j'ai un peu moins mal au dos en dépit de l'humidité, il semble que j'ai trouvé un truc, wait and see... La situation est tout de même révélatrice. Tous ceux qui s'occupent d'accueil de SDF vous parleront de la violence dans la misère. La solidarité dans la pauvreté, c'est une vue de l'esprit le plus souvent. Si on continue comme ça, demain ce sera non pas l'Anarchie théorisée par les Bakounine, Pouget et compagnie... Juste le bordel complet, la foire d'empoigne. L'absence de valeurs fondamentales, portant à considérer la sacralité des choses et du prochain, fera de l'homme un fauve sans foi ni loi, prêt à tuer pour une orange, juste une orange, voire une clémentine.

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