orangesNous avons toujours vécus à crédit dans ce pays. Il fut d'abord sans intérêt, puisqu'on se servait sans rien demander. "Le temps béni des colonies" (Sardou) après celui de la traite. Nous y avons pris des habitudes toujours d'actualité. Le scan là, est le plat verso (4° de couverture) d'un livre de 1954. On présentait ; la pub déjà ; les oranges, comme toutes les autres richesses au demeurant, comme "Françaises" et gogo gobait... Il gobait avec délectation et consommait la production de l'incohérence existant entre l'affirmation des principes républicains par la France (« Liberté, Égalité, Fraternité ») et la pratique autoritaire de la colonisation, notamment par l'intermédiaire du Code de l'Indigénat et du travail forcé. En particulier en Algérie, les habitants du département n'avaient aucune citoyenneté. Puis il fallut bien leur rendre un semblant de liberté. Je dis "semblant" parce qu'après la décolonisation on utilisa encore le territoire pour nos expériences nucléaires par exemple...

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Et puis il fallut aller les chercher ailleurs les oranges, puisque c'est l'exemple que j'ai pris, là où il y avait moins de contentieux ; là surtout où ça ne coûtait pas trop cher grâce à une variable d'ajustement facile à contrôler par les exploiteurs. Et la publicité, toujours elle, vous vantait les mérites de merveilleux produits indispensables à votre santé. Tandis que des idéalistes, comme moi, s'indignaient du sort qui était fait aux autochtones. J'ai fondu ensemble les deux affiches : celle des marchands et la nôtre, les don Quichotte de l'impossible. Un jour il a bien fallu renoncer à la sujétion de populations taillables et corvéables à merci ; mais en réalité je reste convaincu que c'est parce que ça arrangeait les marchés. Une transition douloureuse et difficile qui eût des répercussions sur les coûts à la consommation.

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La même problématique s'est présentée pour l'énergie, sur laquelle nous avons fait reposer tous nos échanges routiers ou aériens. Au temps "béni" des colonies, le pétrole ne coûtait presque rien, et nous avons pris des habitudes, cultivé l'individualisme et la mobilité à tout prix. Jusqu'au jour où les cartes changèrent de main. On a voulu pallier en développant l'électricité avec cette manie, comme toujours, de vouloir faire toujours plus dans la gabegie et tout centraliser. D'où des réseaux en toile d'araignée dont la vulnérabilité n'est plus à démontrer mais dont on ne veut toujours pas prendre conscience.

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A quoi croyez vous que vous devez votre maillage nucléaire, sinon à des matériaux importés ? Cela à grand frais que nous avons toujours plus de mal à assumer ? Avec le pétrole, l'électricité est la colonne vertébrale de nos modes de vie. On y a complètement inféodé la société dans une avidité exponentielle ; greffant dessus les nouvelles technologies dont nous sommes les esclaves. Sans électricité, plus de fric, mes chéri(e)s. La plupart des transactions sont électroniques dans une volonté de tout contrôler. Impossible de retirer le moindre liard, de payer la moindre baguette. En kidnappant les centrales et les réservoirs, les syndicalistes ne lèsent pas le capital, qui fera toujours des affaires ailleurs, là où les stratégies se basent sur la concertation ; ou la soumission ; plutôt que sur l'affrontement systématique dans des relents d'illusion de révolution, dont se berce la France rance, toujours à la poursuite de "grands soirs", toujours suivis de petits matins blêmes et sanglants, ruisselants de souffrances.

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Ce code du travail qu'on veut vous chambouler, vous n'avez pas vu qu'il n'est plus qu'une lettre morte a minima ? Qu'il date du temps béni des colonies et de la croissance qui en résultait ? Du temps où le "progrès" était un horizon indépassable ? Pas que je donne raison au gouvernement, mais je crois que la stratégie d'affrontement fait le lit dans lequel se glissera, entre des draps tous frais, la schlague d'une main de fer populiste. Non, je ne pense pas à Mme Le Pen, je pense à pire... Le contrecoup direct des conséquences économiques qui conduiront des aventuriers à imposer l'ordre par la force. Ceci d'autant plus facilement que les masses sont versatiles et ne supporteront pas longtemps les privations de consommation ; et de gaspillage affèrent, si souvent dénoncé ici ; et les misères qui en résulteront. Nos modes de vie actuels sont la poursuite illogique d'une croissance reposant sur la consommation débridée dans une économie agonisante et un tissu social anéantis.

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Le tissus social, le maillage humain du pays, sa structure, c'était cette économie locale que vous avez laissée mourir. Les raisonnements des syndicalistes ont toujours reposé sur un mariage de centralisation soviétique, mais au service du grand capital. Le petit boutiquier c'était le "beauf", le "bidochon", le "poujadiste"... voire le facho... Toutes ces photos sont des boutiques. La boulangerie en premier a été une des dernières à fermer, il y a moins de dix ans... Mais les autres, je les ai vu agoniser parallèlement au développement de votre lieu de culte et de promenade, le super, l'hyper marché. Vous réclamez qu'il soient ouverts le dimanche et les jours fériés ; ce qui suppose de sacrées entorses au code du travail que vous prétendez défendre ! Il faut avoir le sens des réalités économiques dans un univers mondialisé d'une société qui vit à crédit, à un niveau de consommation exponentiel, présenté comme la seule souce de bonheur et de santé économique.

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La dernière boutique là, j'y ai encore fait quelques courses en passant, il y a une quinzaine d'années. Dans un patelin en pleine sinistrose, elle tenait encore péniblement la route, en dépit du supermarché du bourg voisin. Maintenant, là, même la seule usine ; pas si vieille parce que je l'ai vu naitre ; a fermé. Rachetée par un chinois pour la liquider. Comme nos vignobles ailleurs, ou nos clubs de foot... Le pays est vendu à l'encan, par morceaux, et vous ne voyez rien. Vous réclamez de toujours plus consommer, et gaspiller encore plus qu'avant. Je suis nettoyeur de décharges sauvages et biffin depuis des décennies. Même quand je bossais, j'y mettais la main quand j'avais le temps... Je n'ai jamais trouvé autant que maintenant ! Non, en ce moment je n'y passe pas plus de temps qu'à l'époque... A la fois pour des raisons de santé, et parce que je dois bien dire que ça commence à me gonfler !
J'ai souvent dénoncé la désintégration, parallèle au développement de nos modes de vie, de notre tissus industriel ; mais avec ça il y a eu la déstructuration des structures qui charpentaient notre société.
Il ne reste rien du passé. Ce n'est pas le marxisme qui en a fait table rase ; lui s'est contenté de lui servir la soupe ; c'est le capitalisme. Nous avons vécu à crédit depuis le temps "béni" des colonies... Aujourd'hui la facture est devant nous et nous réclamons de vivre comme avant... Mais d'avant il ne reste rien. Rien que des ruines et des ordures ! Il faudrait repenser la société autrement, la réenchanter.
La véritable démocratie ; impliquant chaque citoyen dans les décisions ; nécessite la révocabilité des représentants à tout moment et qu'ils soient connus de tous, qu'on puisse leur parler directement. Ce n'est possible qu'à petite échelle. Ensuite, est-il possible de fédérer ces unités locales en une plus vaste fédération gérant un pays ou un continent ? C'est une autre histoire. Rêvé par les anarchistes ça n'a accouché que de structures éphémères. Géré par l'avant-garde auto-proclamée soviétique, ça a accouché de dictatures ; par l’extrême droite aussi d'ailleurs, ailleurs. Parce qu'une « révolution » n'est pas « de gauche » ou « de droite » ; elle est populiste et sanglante ; elle profite à ceux qui savent imposer leurs diktats et prétendent faire votre bonheur en soignant surtout le leur.
Je demande toujours : vous voulez une révolution ? Pour quoi faire ? Vous n'êtes pas d'accords entre vous sur les objectifs et les buts. Il ne suffit pas de détruire ; il faut construire. Et construire quoi ? Vivre à crédit, encore ?

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